Résistance aux antibiotiques : un phénomène alarmiste ?

Le nombre de décès causés par des bactéries résistant suite à la surconsommation d'antibiotiques s’élèverait à 33 000 en Europe en 2015, selon une étude. Des chiffres prévus à la hausse dans les années à venir par différents organismes.
Résistance aux antibiotiques : un phénomène catastrophiste ?
Le nombre de décès causés par des bactéries résistant à la surconsommation d'antibiotiques s’élèverait à 33 000 en Europe en 2015, selon une étude. Des chiffres prévus à la hausse dans les années à venir par différents organismes. MYCHELE DANIAU / AFP

"Les antibiotiques, ce n'est pas automatique", du moins, c'est la phrase que l'on vous répète depuis un certain temps. Pourquoi ? Car la surconsommation d'antibiotiques pourrait rendre plus résistantes des bactéries redoutables. Les jeunes enfants et les personnes âgées seraient tout particulièrement menacés.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2015, on dénombrerait près de 33 000 morts, en Europe, en raison de la surconsommation d'antibiotiques ayant rendu résistantes des bactéries. Un chiffre qui a fait bondir l'Organisation mondiale de la santé. L'étude menée par Centre européen de prévention et de contrôle des maladies aurait recensé 672 000 infections dues à ces bactéries résistantes et qui auraient mené 33 000 patients vers la mort, dont 5 500 en France.

L'OMS a donc tiré le signal d'alarme. Se joignant à l'OCDE, les deux organisations ont établi un rapport dramatique qui donne les prévisions pour les années à venir. D'ici 2050, les bactéries résistantes suite à la surconsommation d'antibiotiques pourraient être responsables de la mort de 2,4 millions de personnes en Europe, Amérique du Nord et Australie.

Un rapport "catastrophiste" pour des professionnels de santé

Relayé par le journal spécialisé Lancet Infectious Diseases, des professionnels de santé se sont insurgés contre ces rapports, jugeant qu'ils allaient trop loin. Pour Didier Raoult (microbiologiste), Marc Leone (réanimateur), Jean-Marc Rolain (pharmacien) et Yanis Roussel (doctorant), ces prédictions seraient "catastrophistes", "alarmistes" et "complètement déconnectées de la réalité du terrain".

"Ces modèles, aussi complexes qu’ils paraissent être, ne sont pas assez confrontés à la réalité du terrain. Ils utilisent des estimations et des extrapolations dont la fiabilité est questionnable", estiment les scientifiques, en se fondant sur les résultats de 250 questionnaires d'une de leur enquête, avant de reprendre "Sur les 250 réponses obtenues, près de 90% font état de moins d’un mort tous les deux ans dans leur service suite à une impasse thérapeutique liée à la résistance aux antibiotiques et 42% n’en signalent aucun".

Arme de vie ou arme de mort, les antibiotiques semblent arriver à nouveau au cœur du débat. Une chose est sûre, la partie la plus importante du message n'est pas "les antibiotiques ce n'est pas automatique", mais bien "parlez-en à votre médecin".