Comment gérer les premiers temps de séparation avec son bébé?

Les premiers jours de crèche ou de nounou, la séparation peut etre difficile. Pourquoi est-ce si douloureux pour certains parents? Comment s'apaiser et rassurer son bébé? Explications.
Crèche, nounou: la séparation avec son bébé peut être particulièrement difficile pour certains parents. Getty Images

"Les premiers jours, je pleurais en sortant de la crèche et je ne parvenais pas à rentrer chez moi. Je m'installais dans un café à côté pour travailler. J'avais le besoin physique de me sentir proche de ma fille. Elle avait cinq mois et je l'allaitais encore." Pour Irène, jeune maman et chargée de communication freelance, laisser son bébé a été une étape particulièrement difficile.

Un constat qui n'étonne pas Jennifer, auxiliaire de puériculture en crèche à Paris. "L'entrée en crèche est un moment difficile pour la plupart des parents. Certains ont le sourire car ils aiment reprendre le travail mais à peu près tous sont pleins de doutes et de questions en déposant leur bébé le matin", explique-t-elle.

Sortir d'une relation fusionnelle

"Pendant la grossesse et les premières semaines qui suivent la naissance, la mère et son enfant vivent souvent une relation fusionnelle. S'ils ne se séparent pas pendant premières semaines, cet état de fusion est prolongé d'autant", analyse Nicole Fabre, psychanalyste et psychothérapeute, auteur de J'aime pas me séparer (éd. Albin Michel).

"Les pères aussi peuvent être touchés par cette difficulté surtout s'ils sont très impliqués auprès de leur bébé. Ce qui est le cas de plus en plus de papas, précise Jennifer. C'est surtout compliqué lorsque la séparation a lieu avant six/sept mois. Jusqu'à cet âge, le bébé a particulièrement besoin d'être 'contenu' par l'adulte, regardé, bercé. Il n'aime pas les changements, s'intéresse peu aux autres. Lorsqu'il commence à se tenir assis, à jouer, à interagir avec d'autres enfants, c'est beaucoup plus simple."

Sauf que dans la majorité des cas, les parents doivent reprendre une activité professionnelle lorsque leur congé maternité ou paternité prend fin. Et ils le font plus ou moins par gaîté de coeur...

Des cas de figure très différents

"On voit bien que la difficulté est plus grande pour les parents qui font garder leur enfant par pure obligation financière que pour ceux qui vont au boulot pleins d'entrain", observe Céline, assistante maternelle en Vendée. "Mathieu aura quatre mois pour son intégration en crèche. Je ne suis pas triste. Au contraire, je suis ravie de retrouver ma classe et mes élèves à la rentrée", témoigne Céline, professeure des écoles et maman de deux garçons.

"Pour la naissance de ma fille, j'ai repris le travail lorsqu'elle avait six mois, mais je n'en ai pas souffert. La nounou était chez nous. J'étais au bureau et à vrai dire, une fois accaparée par le travail, je n'avais pas le temps de cogiter", confie Virginie, juriste financier.

"En revanche, pour la naissance du premier, j'avais repris des études et j'aurais donc pu m'organiser pour le garder, reprend-t-elle. Le confier à une nounou a été très dur car même si c'était utile, ce n'était pas une nécessité absolue, j'étais à la maison tout le temps, tentée d'aller le chercher plus tôt."

"Dans tous les cas, travail épanouissant ou non, prenant ou non, le sentiment de culpabilité domine souvent les premiers mois. Mais ce qui taraude les parents c'est aussi de savoir si le(s) professionnel(s) seront à la hauteur", indique Nicole Fabre.

Si le parent a confiance dans le mode de garde, le bébé aussi

"La première semaine de nounou de Jonathan, je n'ai pas dormi. J'avais peur qu'elle le laisse pleurer. Je m'inquiétais beaucoup", raconte Virginie.

"Quand j'apprenais, après coup, que la nounou avait promené mon fils de quelques mois au marché j'étais inquiète. Peu à peu, j'ai réalisé que le risque zéro n'existait pas et qu'il fallait bien que les enfants sortent, s'éveillent. De plus, cette nounou nous paraissait sérieuse, c'était à nous de lui donner notre confiance. Cela s'est construit petit à petit. J'ai compris que Nora cernait bien Jonathan. Sa façon de m'en parler me montrait qu'elle s'intéressait à lui, son caractère, ses besoins. Il lui souriait. Il était bien le soir quand je le retrouvais", poursuit Virginie.

"Lorsque je venais chercher ma fille le soir, elle souriait. Le soir elle mangeait et s'endormait sans problème., C'était pour moi la preuve que les professionnelles de la crèche s'en occupaient bien. J'ai fini par réussir à m'éloigner des locaux pour travailler plusieurs heures d'affilée sans y penser", raconte aussi Irène. Le parent fait l'effort de se calmer, l'enfant s'apaise: de quoi amorcer un cercle vertueux. "Les bébés sont de vraies éponges émotionnelles, rappelle Jennifer, l'auxiliaire de puériculture. La confiance envers la professionnelle est la clé d'une bonne adaptation. Le bébé le sent et me fait confiance aussi." Reste à réussir à déposer l'enfant dans un climat serein.

Des réflexes à connaître pour que tout se passe bien

"Certains parents filent à l'anglaise en pensant qu'un au revoir peut provoquer des larmes. Au contraire, l'absence de mots et de gestes au moment de la séparation peut générer de l'angoisse. Au début, les bébés peuvent se sentir perdus, en colère et ils n'ont pas la notion du temps, ce qui accentue leur désarroi", explique Jennifer.

"J'encourage les parents à parler à leur enfant pour leur expliquer la situation. Mais pas de grands discours et de mots compliqués! Ce sont surtout les regards, les gestes, les intonations de voix, les expressions du visage qui rassurent le bébé, créent un rituel qui signifie: 'On va se dire au revoir et on se retrouvera ce soir'", insiste Nicole Fabre.

Par ailleurs, elle souligne l'effet négatif des adieux déchirants, larmes, bisous à n'en plus finir, coucou derrière la porte plusieurs fois etc. "Je me forçais à ne pas regarder par la petite porte vitrée en partant. J'enlevais mes chaussons en plastique et je ne me retournais pas", se rappelle Irène.

"Certains bébés pleurent mais la plupart se calment très vite. Les larmes sont la preuve que les bébés sentent le changement, ils réagissent", rassure Jennifer qui rappelle que les parents peuvent appeler dans la journée pour prendre des nouvelles.

Des détails qui font la différence

L'auxiliaire préconise aussi de laisser à l'enfant des objets qui le rassurent, surtout au moment du sommeil. Le fameux doudou si le bébé a l'âge d'en avoir un, la tétine, la gigoteuse de la maison qui a une odeur familière ou encore une petite peluche musicale.

Mais le plus important selon Nicole Fabre, c'est d'instaurer une séparation en douceur comme le proposent les crèches et les assistantes maternelles. On augmente les plages horaires de manière progressive pour que l'enfant s'habitue. Et surtout, avant de faire garder son bébé par la crèche ou la nounou, elle conseille aux parents de le confier à des proches -grands-parents, amis- pour une sortie ou quelques heures dans la journée. "Généralement, c'est beaucoup moins dur pour les parents et cela permet de s'habituer à l'idée même de séparation", précise la thérapeute.

Rester à l'écoute de ses émotions

"Si cette sensation de déchirement persiste, je discute avec les parents et j'évoque la possibilité d'allonger le temps d'adaptation, voire même de trouver un mode de garde différent", continue Céline. "Pour certains parents, la meilleure solution, c'est la garde individuelle (nounou ou assistante maternelle) car ils préfèrent déléguer à une seule personne cette mission. Mais d'autres aiment mieux la collectivité. C'est un choix très personnel", explique Nicole Fabre.

"La nounou, c'était inimaginable pour moi. J'avais l'impression qu'une autre femme prendrait ma place de mère. Alors qu'une crèche représentait à mes yeux un espace sécurisé, une occasion pour mes enfants de se socialiser, de faire des activités qu'ils n'avaient pas chez nous. Bien sûr il faut avoir la chance de trouver une place...", assure Clara maman de deux enfants.

Prendre des mesures en cas de problème

Si l'enfant dort mal, mange peu, pleure sans arrêt, il peut aussi s'agir d'un problème de rythme. "Nous voyons parfois des familles prises dans un rythme effréné avec des bébés de moins de six mois qui restent à la crèche dix heures par jour, cinq jours sur sept et sans congés réguliers. Certains enfants ne supportent pas autant de temps en collectivité. Cela peut devenir épuisant, le bruit, les stimulations. Nous conseillons alors de 'mixer' si possible avec une nounou, une grand-mère, un tonton, pour alléger les journées", explique Jennifer.

Si la réorganisation n'y fait rien et que la peine perdure chez le parent et/ou l'enfant Nicole Fabre évoque la possibilité de consulter un psychologue. "Parfois, un baby blues mal "digéré" peut expliquer les difficultés de séparation. Mais il y a aussi tout un tas de raisons très personnelles qui appartiennent à l'histoire de chacun et qui requièrent d'être interrogées avec un thérapeute".