Régime: pourquoi il vaut mieux se faire accompagner

Est-ce possible de se lancer dans un régime tout seul? Afin de bénéficier d'un accompagnement individualisé, il est plutôt conseillé d'être suivi par un professionnel.
Pour faire un régime de moyenne et longue durée, mieux vaut se faire accompagner, non seulement par un professionnel mais également par ses proches. Getty Images/mediaphotos

Entamer un régime seul, sans aide, est-ce souhaitable? Que cela soit pour perdre du poids ou pour éliminer un aliment en cas de diagnostic d'allergie, il est recommandé de consulter un professionnel. Mais aussi, de ne surtout pas se couper des autres.

Une pratique "pas anodine"

En 2010, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a publié un document intitulé Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d'amaigrissement. On peut y lire que "la pratique de régimes à visée amaigrissante n'est pas un acte anodin. En effet, le risque d'apparition de conséquences néfastes plus ou moins graves sur la santé ne peut être, dans tous les cas, négligé". Le rapport met en avant des risques cliniques, biologiques, comportementaux, ou psychologiques.

L'Anses recommande ainsi de ne pas entamer un régime tout seul: "la prise en charge d'une demande d'amaigrissement nécessite un accompagnement médical spécialisé". L'AFDN (Association française des diététiciens nutritionnistes) s'est réjoui de cette publication dans un communiqué de presse, en soulignant également les risques d'un régime sans suivi médical: "En effet, il n'y a pas de régime unique: les besoins sont différents selon l'âge, la perte de poids escomptée, l'activité physique et l'individu en lui-même."

En enquête alimentaire à effectuer

La règle essentielle, "suivre des principes nutritionnels simples et faire de l'exercice", est trop généraliste. Un professionnel -médecin généraliste, nutritionniste ou diététicien- vous parlera certainement plus d'un "rééquilibrage de l'alimentation" adapté à chacun, que d'un "régime" au sens premier ("conduite alimentaire caractérisée par des restrictions", définit le Larousse).

"Pour entamer un changement alimentaire efficace et adapté, il faut faire une enquête alimentaire. Il s'agit d'évaluer les besoins de chacun, car nous ne sommes pas tous égaux. Nous n'avons par exemple pas les mêmes modes de vie, pas les mêmes aversions", explique Florence Foucaut, diététicienne à Paris et membre de l'AFDN. Ainsi, "le régime que vous trouverez sur Internet n'est pas individualisé. Chacun a des besoins différents", poursuit la diététicienne.

Un professionnel va par exemple aider à "diminuer la consommation de tel ou tel aliment, en fonction des habitudes. Ou apprendre à gérer les écarts, équilibrer l'alimentation sur plusieurs jours". De plus, un pro saura s'adapter aussi "en fonction de la relation de chacun avec la nourriture. Certains adorent le salé, d'autres le sucré. Certains ont envie de sucre avec la fatigue, d'autres avec l'ennui".

Des encouragements réguliers

Quand on est seul, on n'a pas de coach. "J'apporte aussi des encouragement réguliers. L'objectif, c'est d'expliquer, mais également de motiver", ajoute Florence Foucaut. Et puis, en entamant un régime sans suivi, on risque de rapidement annuler ses effets. Alors qu'un diététicien pourra travailler sur un changement alimentaire sur le long terme: "En se lançant dans un régime seul, il est peut-être possible de suivre de grandes lignes directrices. Mais si, lorsqu'on arrête, on repart vers l'alimentation d'avant, ce n'est pas la peine".

Plus globalement, "seul, on manque d'explications. En tant que diététicienne, je fais un gros travail d'éducation nutritionnelle", précise Florence Foucaut. Sur la structure d'un repas par exemple: "j'explique souvent aux gens qu'il vaut mieux prendre un repas complet, pour ne pas avoir faim deux heures après et se jeter sur des grignotages gras et sucrés". En outre, faire un régime seul, c'est risquer des carences en vitamines et minéraux.

Un aspect psychologique?

De plus en plus de professionnels suivent une approche élargie, qui va bien plus loin que les recommandations nutritionnelles. Ainsi, pour le Gros (Groupe de réflexion sur l'obésité et le surpoids, regroupant des médecins, psychologues, diététiciens, paramédicaux...), plusieurs problématiques sont concernées dans les questions de surpoids: les mécanismes biologiques impliqués dans la régulation du poids, mais aussi un aspect psychologique ("la difficulté à supporter certaines émotions négatives peut conduire à des réponses alimentaires") et sensoriel ("les mécanismes de régulation s'expriment par les sensations alimentaires de faim, rassasiement et satiété").

Ainsi, comme le souligne le site Web du Gros, un professionnel de santé peut également aider, lors d'une recherche de perte de poids, à retrouver ses sensations alimentaires, à "reconnaître la souffrance émotionnelle et augmenter la tolérance aux inconforts émotionnels pour faire face à l'impulsivité alimentaire", et à "faire un travail d'acceptation, d'estime et d'affirmation de soi".

Et pour un régime d'éviction?

Autre situation non liée à la perte de poids: que faire lorsque l'on doit entamer un régime d'éviction d'un aliment ou condiment suite au diagnostic d'une pathologie (exclusion du sel en cas d'hypertension par exemple) ou d'une allergie ou une intolérance alimentaire (gluten, soja, arachide, lactose, protéines de lait...)? "C'est bien d'avoir des conseils nutritionnels au début, de faire une consultation initiale pour commencer, mais un suivi est moins nécessaire", dit Florence Foucaut.

De l'importance de l'entourage

Ne pas être seul, c'est aussi être entouré par ses proches, amis et famille. Les prévenir d'un changement d'alimentation permet d'avoir leur soutien et leur aide. Au restaurant ou dans un dîner de copains, il sera souvent possible de choisir des options plus "légères". En cas d'allergie, les autres doivent obligatoirement être au courant! Et discuter de tout cela permet de recueillir des expériences et conseils d'autres personnes.

Pour Florence Foucaut, il est important de veiller à ne pas se désocialiser: "Je donne des conseils qui sont bons pour toute la famille. Je conseille aux parents de préparer le même repas pour tout le monde, mais d'adapter à chacun avec un grammage et une répartition différente." Ainsi, un patient souhaitant limiter l'apport calorique le soir pourra manger une soupe et du poulet, tandis que ses enfants auront également une portion de féculents. Comme le souligne la diététicienne, "c'est aussi cela l'intérêt d'être suivi. On discute de chaque problématique, comme par exemple le repas de famille, ou un voyage de plusieurs semaines".