Amanda Seyfried: les odeurs qui ont marqué sa vie

Insaisissable et pleine d'esprit, Amanda Seyfried, actrice américaine et égérie de Live Irrésistible eau délicieuse de Givenchy, se prête au jeu des citations d'auteurs et évoque avec nous les odeurs qui lui rappellent un souvenir particulier.
Amanda Seyfried: "L'odeur des feux de camps me rappelle la maison où j'ai grandi, en Pennsylvanie." ABACA/Domine-Wyters

Elle en a parcouru, du chemin, depuis 2004, année où elle campait dans Lolita malgré moi, de Mark Waters, une adolescente constamment ahurie, capable de prédire la météo avec sa poitrine. Déjà, on l'avait adorée. Treize ans et près de trente films plus tard, Amanda Seyfried impressionne de justesse et de sincérité dans la densité du paysage cinématographique américain, interprétant avec une grande précision des rôles aussi symboliques que Cosette ou Linda Lovelace, et jouant sans hésiter la carte de la légèreté dans les hilarantes comédies du réalisateur Seth MacFarlane. L'actrice vient de terminer plusieurs tournages, dont celui de la très attendue troisième saison de Twin Peaks (avec toujours David Lynch aux manettes) diffusée, en mai prochain, aux Etats- Unis. Nous l'avons rencontrée à New York où, accompagnée de Finn, son berger australien aux 45 000 followers, elle a pris le temps de nous raconter ses plus grands souvenirs olfactifs.

Marcel Proust avait sa madeleine. Quel est l'arôme de votre enfance?

L'odeur très intense des feux de camp, du bois qui brûle... Elle me rappelle à la fois la maison dans laquelle j'ai grandi, en Pennsylvanie, qui a au moins 100 ans aujourd'hui, une vieille église, l'atelier de menuiserie de mon grand-père... Tout ce qui touche à l'odeur du bois est pour moi presque obsessionnel.

Casanova a écrit: "J'ai toujours trouvé que celle que j'aimais sentait bon, et plus sa transpiration était forte, plus elle me semblait suave." Quelle est, selon vous, l'odeur de l'érotisme?

La notion d'érotisme est très difficile à décrire, elle n'est pas tangible... Je dirais que l'odeur la plus sexuelle qui puisse être est celle de la peau, nue, sans savon ni after-shave. L'odeur d'une journée de travail, d'un corps qui revient du froid. La réaction de la peau au temps qu'il fait, voilà le summum de l'érotisme.

Pour le scénariste Jeffrey Stepakoff: "Un bon parfum est un cocktail puissant de souvenirs et d'émotions." Est-ce de même pour un rôle?

Je ne crois pas aux méthodes d'acting toutes faites, la recette ne peut pas être la même d'un film à l'autre. Beaucoup de rôles font écho à l'histoire personnelle de ceux qui les ont écrits et nous, acteurs, agissons comme des vaisseaux émotionnels qui interprètent ces histoires. Cela ne passe pas nécessairement par nos propres souvenirs, mais plutôt par notre façon d'exprimer les sentiments.

Sacha Guitry a dit: "Deux choses rendent les femmes inoubliables, leurs larmes et leur parfum." Qu'est-ce qui rend une actrice inoubliable?

C'est un peu réducteur, non ? Cela m'évoque les performances de Charlize Theron dans Monster ou de Natalie Portman dans V pour Vendetta. Incarner ces personnages est un vrai challenge physique et émotionnel. Certains rôles nécessitent une préparation telle qu'elle peut affecter votre vie privée. Très peu valent le coup de prendre ce risque, mais quand c'est le cas, le résultat est époustouflant. C'est pour cela que j'ai fait Lovelace, pour sortir de ma zone de confort, pousser le processus d'incarnation à son paroxysme. Cette expérience a changé ma façon de percevoir mon métier.

Patrick Süskind a écrit: "L'arme secrète d'un être humain est son odeur." Quelle serait celle d'une héroïne de David Lynch?

Le premier mot qui me vient à l'esprit est le sang... puis les épines de pin [rires]. Une femme lynchienne est à la fois alarmante et désarmante, elle a forcément une odeur très forte. Peut-être celle d'un chocolat très amer... Tourner avec David Lynch était déroutant: aucun des acteurs n'avait lu le script, nous avons joué nos scènes presque à l'aveugle, sans garantie d'être dans le montage final. Mais j'ai adoré travailler pour lui, et je sais que le résultat sera incroyable.

Selon Christian Dior, un parfum en dit plus sur une femme que son écriture. Changeriez-vous le vôtre pour préparer un rôle?

Je suis très fidèle à Live Irrésistible de Givenchy, son odeur sucrée a quelque chose de très rassurant. Mais l'idée est intéressante... Récemment, pour un rôle, j'ai fait brûler de l'encens dans ma loge chaque jour, pour rester imprégnée de cette atmosphère tout au long du tournage. Pour travailler mon prochain rôle très intense, j'essaierai peut-être une Cologne masculine, une fragrance qui changerait radicalement de mes habitudes.

Quels souvenirs olfactifs gardez-vous de Paris?

J'y suis allée avec ma mère, à 19 ans. Les senteurs de cette ville en hiver m'ont transportée: les châtaignes grillées, le pain frais, la cigarette - je ne fume pas, mais j'ai toujours aimé l'odeur. J'ai aussi récemment découvert la Provence. J'en ai rapporté des kilos de lavande, de quoi tenir des années [rires].