Le Corbusier : une architecture céleste

Peu de gens imaginent qu'il ait pu avoir des pensées presque mystiques. Ni qu'il ait projeté, avec rigueur et lyrisme, quatre édifices religieux. Pourtant, c'est bien cet aspect du travail de Le Corbusier, pour le moins peu connu, que nous vous proposons de découvrir en images...
Le Corbusier : une architecture céleste Paul Kozlowski

Une église au minimalisme géométrique, un couvent dominicain et une chapelle surréaliste, telles sont les oeuvres architecturales du célèbre architecte suisse, tournées vers le ciel... Si l'homme n'était pas religieux, il s'est pourtant donné à coeur de réaliser ces grands volumes dans lesquels la place de la lumière a toujours eu une importance de choix. Découverte !

Le Corbusier et son sens inné du sacré

Il aimait autant les espaces avec la tête dans les étoiles que ceux tournés vers l'intime et la méditation. Il appréciait autant la vie spartiate que collective. Il adorait le mont Athos et s'enthousiasma devant la Chartreuse d'Ema lors d'un voyage en Toscane en 1907. Elle lui révéla le pouvoir de la lumière et le goût des cellules se déployant autour de plus grands espaces. Il reviendra toute sa vie à ces deux concepts : aller chercher la lumière puis la sculpter par divers "canons à lumière", et créer tout un mouvement subtil, même dans un cube. Certes il n'était pas religieux et restait profondément laïc, voire païen, mais il avait un sens inné du sacré. Il recherchait ce qui incitait au recueillement, à la méditation, à l'étude, au repos et visait la pureté, l'amplitude, la sensualité des formes de la nature.

Des architectures célestes

Dès 1929, il imagine sans pouvoir la réaliser une église pour Tremblay, trop visionnaire pour l'époque. On retrouvera ce minimalisme géométrique dans sa dernière église à Firminy. Restée incomplète, elle est achevée en 2006 et dresse depuis son énorme cône tronqué absorbant par le haut toute la lumière.

Extérieur de l'église Saint-Pierre, Firminy, 1960-2006. Olivier Martin-Gambier
Intérieur de l'église Saint-Pierre, Firminy, 1960-2006 Olivier Martin-Gambier

Mais son chef-d'oeuvre reste la chapelle de Ronchamp (1950-55) dédiée à Marie. Sa mère vénérée, nommée Marie, lui aurait inspiré un lyrisme et une incroyable symphonie de courbes. Sculpture à l'allure extérieure d'animal préhistorique coiffé d'une sorte de carapace de crabe, ce bijou surréaliste offre à l'intérieur une atmosphère recueillie et émouvante, constellée de petites ouvertures telles des pierres précieuses.

Chapelle Notre-Dame-du-Haut, Ronchamp, 1950-1955. Paul Kozlowski

A soixante-six ans, il accepte la commande du couvent de La Tourette alors qu'il est plongé dans le gigantesque projet de Chandigarh. Il laisse alors toute liberté, quant aux plans, au jeune ingénieur mathématicien Yannis Xenakis, le futur musicien-compositeur révolutionnaire du XXe siècle ! Mais il en garde le contrôle formel et coloré. Aujourd'hui on vient du monde entier pour admirer l'église, sorte de boîte "puriste" diffusant par les "canons à lumière", une luminosité colorée par la peinture de certains murs. Et pour dormir une nuit dans une des cellules des Dominicains. A défaut de prier, Le Corbusier savait inspirer la méditation.

Le couvent Sainte-Marie de La Tourette, Eveux-sur-l'Arbresle, 1953. Olivier Martin-Gambier