A la découverte du Land Art

C'est dans les paysages désertiques de l'Ouest américain, à la fin des années 1960, que le Land Art est né. Soit des oeuvres souvent gigantesques, toujours éphémères, liées à l'expérience de la nature. Aujourd'hui, notre Est n'est pas en reste, qui associe écrin d'exception et art fragile. L'art contemporain et la photographie, dont les thèmes croisent nature et société, trouvent aussi un écho plus fort dans ces décors grandioses. Un été en quête de sens et de beau !
Zoom sur des paysages à couper le souffle. Ludovic Combe

Découverte du Land Art. Ces oeuvres éphémères se mêlent au paysage ambiant en usant de matériaux naturels. Grandioses, elles préservent l'harmonie du panorama tout en le soulignant. On se laisse subjuguer par ces colosses à l'échelle de la nature brute.

Arte Sella, dans le Trentin Giacomo Bianchi

Un tourbillon de branchages qui serpente dans la forêt, des colliers de pierres XXL parant les arbres, d'immenses flocons de bois posés dans les fougères, un tunnel de bois fractal et mystérieux : bienvenue dans l'univers fascinant d'Arte Sella, à 100 kilomètres de Padoue et 35 de Trente, dans les montagnes préalpines du Val di Sella ! Créée en 1986, cette exposition grandeur nature est une expérience unique de fusion entre l'art et les matériaux organiques. De plus, on assiste au processus créatif en continu puisque l'on voit les oeuvres évoluer avec le temps. On chemine entre les arbres monumentaux, le long d'un parcours Arte Natura de près de trois kilomètres pendant lequel on croise 25 oeuvres. Certaines sont évidentes, d'autres à découvrir. Les centaines d'artistes qui sont intervenus jusqu'alors témoignent d'une relation respectueuse avec la nature, leur source d'inspiration. Le voyage se termine à Malga Costa, un ancien bâtiment de ferme devenu espace d'exposition, de concerts et de spectacles. Après avoir visité l'exposition annuelle d'art à l'intérieur, un chemin ramène les visiteurs dans les bois à la magnifique Cathédrale arbre, une oeuvre monumentale signée Giuliano Mauri en 2002. La Sella Association Arte gère également Spazi Livio Rossi, un bel édifice sis dans le vieux centre-ville de Borgo Valsugana, qui abrite le Centre de Documentation Arte Sella, une bibliothèque publique d'art contemporain, des ateliers créatifs et un espace d'exposition permanente.

artesella.it

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La création 0121-1110 = 115075, de l'artiste coréen Jaehyo Lee, 2015. Giacomo Bianchi
Cache-cache, de Patrick Dougherty, 2011 Giacomo Bianchi
Bosco geometrico, d'Urs Twellman, 2012 Giacomo Bianchi
Attraversare l'anima, de Will Becker, 2015 Giacomo Bianchi

Le Barrage de Mauvoisin, dans le Val de Bagnes

Dans le Haut-Val de Bagnes, le barrage de Mauvoisin - le plus haut barrage-voûte d'Europe - au pied du glacier du Giétro, est le point de départ de nombreuses randonnées et, l'été, abrite un insolite espace d'exposition. Après les paysages fictifs de l'artiste polonaise Kasia Klimpel, c'est au travail d'Alain Bublex de couronner, cet été, sur près de 520 mètres, cet ouvrage achevé en 1958. Une vingtaine de minutes de marche tranquille depuis le parking du Mauvoisin ou un sentier plus long depuis l'Hôtel de Mauvoisin et l'on atteint ce site grandiose planté à 1960 mètres d'altitude, étonnant par le contraste entre ouvrage industriel et nature sauvage. Plantés dans ce monstre de béton, une quinzaine de panneaux jalonnent la traversée, à découvrir dans un sens, puis dans l'autre, pour une trentaine de photographies géantes signées Alain Bulbex, génial explorateur des relations entre réalité et fiction, naturel et artificiel. Pour élaborer ce projet dont le curateur n'est autre que Jean-Paul Felley, codirecteur du Centre Culturel Suisse de Paris, l'artiste français s'est plongé dans l'histoire du Val de Bagnes et s'est en particulier laissé imprégner par la force de la région du barrage de Mauvoisin. Il s'agit d'images, parfois retouchées, prises dans le Val de Bagnes, en particulier dans la station de Verbier, mais aussi dans les "Alpes japonaises" et en Europe. L'artiste intègre dans certains de ces paysages des éléments fictifs (usine, phare, etc.) qui en modifient la perception. Il en livre d'autres sans retouche, et c'est alors l'angle choisi par Alain Bublex qui les rend étranges.

museedebagnes.ch

L'exposition photographique de l'artiste belge Geert Goiris, 2014 Robert Hofer
L'exposition du photographe suisse Christian Lutz, 2012 Robert Hofer

Le Parc de Sculptures 3-D, à Verbier

À Verbier, empruntez les remontées mécaniques des Ruinettes. Si vous ne faites pas une petite halte gastronomique au Dahu, prenez le chemin de l'alpage de la Chaux et découvrez, outre le paysage grandiose sur les Combins, à 2 300 mètres d'altitude, une époustouflante exposition d'oeuvres d'art monumentales en plein air : le Parc de Sculptures 3-D ! Fondée en 2010 par les artistes Madeleine Paternot, basée à New York, et Kiki Thompson, installée à Verbier, la Fondation 3-D crée des expériences éducatives et culturelles inspirées par le magnifique environnement alpin de Verbier. Tous les deux ans depuis 2013, un ou plusieurs artistes sont invités en résidence dans la station. Cette année, Chloe Dewe Mathews sonde les conséquences des changements climatiques et des comportements sur les populations. Les plus grands artistes contemporains internationaux, comme Ilya et Emilia Kabakov, Paul D Miller alias DJ Spooky, Sanford Biggers et David Gryn, ont investi cet écrin de création unique au monde. Andrea Hasler a développé deux sculptures et un travail vidéo, hommage à l'isolement, l'exclusivité et au caractère hybride de Verbier. La plateforme pluridisciplinaire Bureau A s'est basée sur l'enracinement de la culture dans les montagnes suisses. Tarik Hayward explore avec Unity Temple les changements constants de la montagne combinés au besoin de survie.

3-dfoundation.com

Sur les hauteurs de Verbier, une randonnée pédestre de 3 kilomètres permet de découvrir Arche, de Josette Taramarcaz, 2010 Josette Taramarcaz
Antoine, par Bureau A, le cabinet d'architecture de Leopold Banchini et Daniel Zamarbide, 2014 Cerise de Carvalho
Samsara, de Kiki Thompson, 2011 Kerry-Jane Lowery

Le Festival Horizons, dans le massif du Sancy

Horizons, le festival d'art contemporain du coeur de l'Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, a soufflé ses dix bougies. Véritable galerie à ciel ouvert, il propose une dizaine d'oeuvres monumentales, installées judicieusement au coeur des paysages du massif du Sancy. Effet bluffant garanti ! Chaque année, de nouveaux sites naturels sont sélectionnés et ainsi, de nouveaux paysages sont à découvrir. Au gré des balades artistiques, le massif dévoile une pépite artistique au coeur d'un fabuleux écrin de nature ! Les artistes proposent une installation in situ qui doit être en réciprocité avec un site naturel du Sancy et s'inspirer de son histoire, de sa formation géologique, de ses légendes, afin qu'oeuvres et lieux investis entament un véritable dialogue. À la fin de l'été, ces oeuvres éphémères sont démontées et la nature reprend ses droits. Pas moins de 200 000 visiteurs font le déplacement chaque année. Cet été, vous découvrirez un mobile grandeur nature, un vitrail contemporain, des peintures rupestres à l'esprit street-art, Panorama d'Élodie Boutry - dont on avait adoré le travail l'été dernier pour L'Art dans les Chapelles -, ou un impressionnant métronome monumental à énergie éolienne. Accessibles en toute autonomie, les ballades de longueur et difficulté variées s'offrent au plus grand nombre. Et un livret Little Horizons est prévu pour les plus petits.

sancy.com et horizons-sancy.com

Origamis, d'Antoine Milan, 2012 Bernard Pauty
Le Réveil, de Pier Fabre, 2011 Bernard Pauty
Walden Raft, d'Elise Morin et Florent Albinet, 2015 Bernard Pauty
Bouillonnement, d'Aurélie Barbey et Laura Ruccolo, 2009 Bernard Pauty
Le Réveil, de Pier Fabre, 2011 Bernard Pauty
Papus lactés, d'Alice et David Bertizzolo, 2015 Ludovic Combe
Le Royaume, d'Antoine Milian, 2014 Ludovic Combe

Festival LandArt à Grindelwald, dans le canton de Berne

Dans la catégorie éphémère, je demande le Festival LandArt de Grindelwald. Un événement à ne pas rater, qui se déroule chaque année mi-juin pendant cinq jours, le temps d'une courte floraison, ne se transforme pas au fil des saisons et ne se démonte pas à la fin de l'été. La manifestation a eu lieu du 13 au 18 juin 2016. Douze équipes de dix pays différents ont participé à cette 18e édition (France, Canada, Norvège, Espagne, Pays-Bas, Taiwan, Russie, Italie, Lituanie et Suisse) pour construire des oeuvres d'art contemporain le long de la ravissante promenade de l'Erlen, qui s'ouvre parfois sur la rivière Lütschine. L'imagination des artistes est la seule limite ! Une règle d'or est cependant à respecter : tous les matériaux dont ils ont besoin doivent être naturels et éphémères, recourir à des clous est par exemple impossible... Après le Festival LandArt, les travaux réalisés avec le bois, l'herbe, la mousse ou la pierre sont à nouveau entièrement laissés à la nature. Les visiteurs peuvent facilement venir voir les artistes travailler pendant l'élaboration des oeuvres.

landart-grindelwald.ch

Tel un tressage de branchages, une oeuvre de l'équipe de Taïwan (Li-Hui Chen/Mei-Pei Chen) pour l'édition LandArt 2015 Marianne Scheitlin
Cordage végétal exclusivement pour le travail de l'équipe d'Espagne (Jordi Pasqual/Mjesus Miranda Menendez) pour l'édition LandArt 2015 Marianne Scheitlin
Comme une floraison de bois dans la pierre, la création de l'équipe des Pays-Bas (Geert Schiks/Sabine Wagner), La Rencontre, pour l'édition LandArt 2006 Werner Beetschen
Un mandala qui superpose différents matériaux pour l'équipe de Singapour (Low Anson/Pasqual Sostini) pour l'édition LandArt 2005 Werner Beetschen