Un comité d'experts ouvre la voie à l'utilisation du cannabis thérapeutique en France

Mandatée par l'Agence nationale de sécurité du médicament, cette assemblée d'experts scientifiques s'est prononcée ce jeudi en faveur de l'instauration du cannabis thérapeutique en France. Il rejette toutefois l'idée de le consommer sous forme de joint à fumer.
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Le cannabis thérapeutique pourrait bénéficier à 300.000 patients en France. Don Mackinnon - AFP

C’est une étape de plus vers l’utilisation moins confidentielle du cannabis thérapeutique en France. Alors qu’une vingtaine de pays de l’Union européenne a déjà franchi le cap et légalisé son usage pour soulager certaines pathologies, la France y est resté jusqu’à présent réfractaire. Depuis 2013, les médicaments à base de cannabis peuvent faire l'objet d'une autorisation de mise sur le marché, mais pour l'heure, un seul a été autorisé en France, le Sativex, utilisé à l'étranger pour soulager les symptômes liés à la sclérose en plaques. Il n’a toutefois encore jamais été commercialisé.

La situation pourrait bien évoluer car ce jeudi un comité scientifique, mandaté par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), s’est prononcé favorablement sur l’usage du cannabis thérapeutique.

Pas sous forme de joint à fumer

Depuis sa création au mois de septembre, l’assemblée d’experts s’est déjà réunie à trois reprises (les 10 octobre, 12 novembre et 12 décembre) pour rencontrer des associations, des professionnels de santé ou encore des patients qui leur ont chacun fait part de leurs expériences et analyses. Après concertation, le comité a finalement jugé "pertinent" d’autoriser l’usage du cannabis médical pour les patients dont "les douleurs sont réfractaires aux thérapies accessibles", précise la note de synthèse de l'avis rendu ce jeudi.

Cette alternative pourrait également être envisagée pour soulager "certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes, dans le cadre des soins de support en oncologie, dans les situations palliatives ou encore dans la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques". 

Le cannabis ne devrait toutefois pas être mis à disposition des patients français sous la forme de joints à fumer, précise le comité, "considérant les risques pour la santé". Un nouvel avis détaillé devrait préciser les différentes voies d’administration possibles. Selon Europe 1, l’autorisation concernerait plutôt une administration par voie orale, par le biais de gélules ou de tisanes. L’inhalation pourrait également être envisagée grâce à un système de vapotage.

Gérer les douleurs chroniques

Cette prise de position répond à une demande de plus en plus pressante. En juillet dernier, des élus, des médecins et des écrivains avaient signé une tribune dans les colonnes du Parisien réclamant l’autorisation de la "production et de la transformation d’un cannabis cultivé, conditionné et cultivé localement, exclusivement à des fins thérapeutiques".

Les signataires assurent que "produire du cannabis pour un usage thérapeutique en France n’est plus une option mais une nécessité" pour les "300.000 patients français qui pourraient apaiser leur souffrance autrement". Selon eux, le produit a un effet prouvé "dans la gestion de la douleur chronique, les troubles physiques provoqués par les chimiothérapies et les spasmes musculaires liés à la sclérose en plaques".

L’avis du comité scientifique doit désormais être analysé par l’ANSM. Si l’agence se prononce, elle aussi, favorablement elle ouvrira la voie à de nouvelles questions, cette fois-ci pratiques, sur la production et la diffusion du cannabis médical.