Un bras bionique implanté sur une patiente: une première en France

L'opération, d'une durée de 5h30, a permis de réactiver chez la patiente des nerfs endormis de son membre amputé, afin qu'ils transmettent les signaux nécessaires à son futur bras bionique.
L'opération a duré 5h30 et a été menée par deux chirurgiens français.
L'opération a duré 5h30 et a été menée par deux chirurgiens français. BFMTV

Une première en France. Douze ans après avoir été amputée du bras droit et de ses jambes, Priscille Déborah, 44 ans, a été opérée la semaine dernière à Nantes pour obtenir un bras bionique. Elle est la première patiente française à pouvoir bénéficier de cette prouesse technologique encore peu développée en raison de son coût: 100.000 euros.

Bientôt, "je vais pouvoir par exemple lever le coude et attraper un objet" déclare Priscille Déborah au micro de BFMTV, avant d'ajouter: "C'est ça qui est génial dans le handicap, on a l'impression d'avoir tout perdu, et quand on récupère même une activité supplémentaire, c'est une vraie victoire sur la vie, et sur le handicap."

Réactiver les nerfs endormis

L'opération de 5h30 a été menée par deux chirurgiens. Ils ont dû reconnecter les nerfs endormis de son membre amputé "et les réactiver en utilisant des muscles restants dans son bras pour en faire des unités musculaires", explique Edward De Keating Hart, chirurgien du membre supérieur à Nantes, à BFMTV.

Ces nerfs réactivés sont reliés à un muscle dit "muscle ciblé". Ensuite, "lorsqu’un patient va vouloir effectuer un mouvement avec son membre amputé, le message nerveux va être transmis grâce au nerf correspondant au muscle ciblé", explique l'université de Bordeaux dans un article. Quand un muscle fait un mouvement, il émet un signal électromyogramme (EMG), un signal de type électrique, unique pour chaque mouvement. Ce signal peut être perçu par des électrodes placées sur la peau, donc par une prothèse bionique.

Cette méthode, appelée TMR (Targeted Muscle Reinnervation), est issue de la recherche américaine.

Deux ans pour que le cerveau s'adapte

Il a fallu quatre ans pour mettre au point cette intervention, et réunir les 100.000 euros nécessaires pour la création de la prothèse, la chirurgie et la rééducation qui suit. Priscille Déborah, qui attend désormais la pause de son bras bionique, va désormais devoir travailler pendant deux ans pour que son cerveau puisse prendre le contrôle de son nouveau membre.

"J'attends de voir comment je vais pouvoir vraiment utiliser cette prothèse, mais si vraiment j'arrive à l'utiliser au mieux, mon but c'est d'interpeller les pouvoirs publics", explique-t-elle. Elle souhaite qu'à terme, cette chirurgie soit remboursée par l'État, car la prothèse "permet de récupérer un métier, permet de récupérer un bien être psychologique".