Toxicité des couches pour bébés: pas de risque immédiat mais des substances à éliminer

Convoqués à Bercy après la publication du rapport de l’ANSES, les industriels ont 15 jours pour présenter des pistes d’amélioration. Cette évaluation, la première au monde, conclut à l’absence de risque grave et immédiat pour la santé des enfants mais pointe des substances à réduire ou à éliminer.
Un nourrisson (illustration)
Un nourrisson (illustration) Didier Pallages-AFP

La rencontre a duré une heure. Autour de la table au ministère de l’Economie, les fabricants de couches et trois ministres: le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, celui de la Transition écologique François de Rugy et la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Les fabricants et distributeurs de couches jetables étaient convoqués après la publication dans la nuit d'un rapport de l’ANSES, l’Agence de sécurité sanitaire, sur la nocivité des composants des couches pour bébés. Sans citer de marque, ce document de 244 pages conclut à l’absence de "danger grave et immédiat" pour la santé des bébés. Mais l’agence met en évidence des substances à "éliminer ou à réduire au maximum".

"Le rapport identifie dans des centaines de couches de 2017 et 2018 des parfums, des substances chlorées issues d’agents de blanchiment ou des hydrocarbures aromatiques polycliniques qui sont retrouvés à l’état de traces dans certaines couches. Nous ne voulons pas tolérer qu’il y ait des produits potentiellement toxiques pour le long-terme dans les couches", explique la ministre de la Santé Agnès Buzyn à l’issue de la rencontre avec les industriels.

15 jours pour trouver une solution 

Les fabricants ont donc 15 jours pour fournir aux autorités une feuille de route avec des engagements d’amélioration.

"Nous leur avons dit que l’inaction n’était pas une option" assure François de Rugy.

A leur sortie, certains fabricants ont affiché leur bonne volonté devant la presse, et défendu les démarches engagées. Comme celle de Love&Green, Carole Juge-Llewellyn, fondatrice de la marque française Joone Paris, créée il y a un an et demi, s’est dite "très satisfaite" du rapport de l’ANSES.

"Les demandes du gouvernement sont tout à fait légitimes. Nous avons été les premiers à publier les analyses toxicologiques de nos produits. Le gouvernement demande aux fabricants de s’aligner sur ces standards-là. On est sur un marché extrêmement compétitif," assure Carole Juge-Llewellyn.

Pampers, le leader du secteur, a accepté de répondre à BFMTV. La marque veut jouer le jeu de la transparence.

"On s’inscrit dans une démarche constructive avec le gouvernement et l’ANSES. On peut toujours effectivement faire baisser des seuils pour être dans une logique de transparence. Sur notre site, vous avez la liste des ingrédients. On a décidé aussi cette nuit de publier les rapports d’analyses de laboratoires indépendants", justifie Benjamin Binot, directeur général de Procter et Gamble France, producteur de la marque Pampers.

Un vide réglementaire

Ces rapports d’organismes indépendants sont-ils pour autant gages d’une qualité irréprochable? Le souci est aujourd’hui réglementaire, car les seuils admissibles de ces produits toxiques n’ont jamais été fixés. Impossible, donc, de reprocher aux industriels d’être au-dessus.

"Le premier travail que nous allons faire c’est définir des seuils de toxicité", explique Agnès Buzyn. "Ces seuils aujourd’hui n’existent pas pour les couches. Ils existent pour les produits alimentaires. Donc c’est la première étape. Dès que nous aurons des seuils, ce sera beaucoup plus facile de diligenter des contrôles", assure la ministre de la Santé.