Service d'urgences fermé la nuit à Sisteron: "Humainement, ce n’était plus possible de continuer"

Depuis le 15 juillet, le service d'accueil des urgences de de l'hôpital de Sisteron ferme toutes les nuits, à partir de 20h30. Tandis que les habitants, se sentant abandonnés, militent pour la réouverture du service, les médecins eux pointent du doigt le manque cruel d'effectif qui met "les équipes à bout".
Le service des urgences de l'hôpital de Sisteron est fermé chaque nuit depuis le 15 juillet.
Le service des urgences de l'hôpital de Sisteron est fermé chaque nuit depuis le 15 juillet. Capture Google maps

"Les équipes sont à bout." A l’hôpital de Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le service d’accueil des urgences ferme toutes les nuits depuis le 15 juillet. En cause: le manque de personnel. Les médecins urgentistes travaillent à flux tendu, "ils devraient être onze pour bien faire, mais ils se sont retrouvés à sept puis à cinq, deux d’entre eux sont tombés malades", explique à BFMTV.com Isabelle Renvoizé, déléguée départementale adjointe à l’Agence régionale de santé (ARS) pour la région des Alpes de Haute-Provence.

"L’arrêt maladie de nos deux collègues est probablement dû en partie au surmenage, ajoute Philippe Roche, médecin urgentiste à l’hôpital de Sisteron. On manque cruellement d’effectifs. Humainement, ce n’était plus possible de continuer à ce rythme. Pour bien faire, il fallait travailler 100 heures par semaine."

"On se sent complètement délaissés"

C’est dans ce contexte que la direction de l’hôpital, en concertation avec l’ARS, a décidé de fermer les portes des urgences toutes les nuits. "Ils sont ouverts de 8h30 à 20h30, des horaires de supermarché", tance Cédric Volait, coordinateur CGT Santé en région Paca. Depuis la fermeture, il se présente tous les lundis devant le CHU de Sisteron avec d’autres habitants de la commune pour manifester son mécontentement et son inquiétude.

"Lundi dernier, nous étions encore entre 250 et 300 personnes mobilisées", nous assure-t-il. Tous s’unissent derrière le même crédo: "Obtenir une égalité de traitement face à la maladie. En zone rurale, on se sent complètement délaissés", explique le représentant syndical qui pointe les fermetures d'autres services publics dans les petites villes, comme La Poste ou la gendarmerie.

Mesures alternatives

Pourtant, l’ARS assure ne pas laisser les citoyens démunis face à la fermeture du service d’urgence. "Les médecins urgentistes du centre 15 sont toujours joignables 24 heures sur 24, le Service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR) prend en charge les urgences vitales et nous avons demandé aux médecins généralistes de la ville de se mobiliser en organisant des gardes de 20h00 à minuit", détaille Isabelle Renvoizé. Elle précise que depuis le 15 juillet, 44 appels ont été passés au 15 après 20h00. Parmi eux, deux ont nécessité l’intervention du SMUR, relativise-t-elle.

Mais pour Cédric Volait, ces alternatives sont loin d’être satisfaisantes. "La semaine dernière, une petite fille s’est ouvert la tête. Ce n’est pas suffisamment grave pour justifier l’envoi du SMUR et en même temps le médecin généraliste n’a pas pu la prendre en charge. Nous sommes donc obligés de nous rabattre sur les services d’urgences alentour. Celui de Gap par exemple est à 1h15 de route. Ce temps perdu peut nuire à la santé d’un patient", dénonce-t-il.

Un autre écueil apparaît donc: les médecins généralistes aussi sont débordés. "Faire des points de suture prend du temps, or les généralistes n’en ont pas car eux aussi manquent d’effectif... Ce vide se fait ressentir dans toutes les disciplines", dépeint le Dr Philippe Roche. A Sisteron, trois médecins généralistes ont répondu à l’appel de l’ARS pour effectuer des gardes la nuit.

"On va maintenir la pression" 

"Le problème est qu'on a pensé que les urgences pourraient absorber ce que les autres ne pouvaient plus faire", continue le médecin urgentiste qui se retrouve désormais confronté à la colère des Sisteronais. Il reconnaît que la distance jusqu’aux autres points de chute, comme les urgences de Gap à 50 km de Sisteron, est "un problème de taille. Tout le monde souhaite la réouverture du service, mais sans recrutement ce ne sera pas possible." De son côté, l’ARS mise sur les retours de vacances des médecins et intérimaires pour gonfler ses rangs et rouvrir les portes des urgences.

Les citoyens eux ont perdu confiance: "On a du mal à croire que cette situation ne va pas perdurer", déplore Cédric Volait de la CGT. Mais les personnes mobilisées ne comptent pas baisser les armes: "On se rassemblera devant le CHU jusqu’à la réouverture. On va maintenir la pression."