L'efficacité du vaccin contre la grippe jugée "faible" à "modérée"

Pour la première fois depuis le début de l’épidémie, Santé publique France publie les premières estimations de l’efficacité du vaccin contre la grippe. Elle est "modérée" contre le virus A(H1N1) et "faible" contre le virus A (H3N2), pourtant majoritaire.
Un vaccin contre la grippe
Un vaccin contre la grippe Fred Tanneau - AFP

Cette année encore, le vaccin contre la grippe n’est pas imparable. Santé publique France publie ce mercredi les premières estimations de son efficacité, évaluée à 59% contre le virus A (H1N1) et 19% contre le virus A(H3N2), souche qui circule dans la majorité (55%) des cas.

Le vaccin n’est donc efficace que pour l’un des deux types de virus que l’on recense actuellement.

"Ce sont des données préliminaires, qui vont sans cesse évoluer", précise le Dr Sibylle Bernard-Stoecklin, épidémiologiste à Santé publique France.

Les mutations, casse-têtes des virologues

L'évolution des souches virales au cours de la saison complique en effet la tâche des chercheurs. Le vaccin, efficace en début de saison, ne protège parfois plus contre des versions mutées du virus.

"Le souci, c’est que l’on a plusieurs groupes de virus H3N2 qui circulent", explique Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre National de référence de la grippe à l'Institut Pasteur. "Ces groupes sont de plus en plus éloignés de la souche contenue dans le vaccin. Ce sont ces mutations qui provoquent une baisse de l’efficacité."

La semaine dernière, 12.270 personnes se sont présentées dans un service d’urgences pour une grippe ou un syndrome grippal. Plus de 1800 ont dû être hospitalisées, soit 15% de plus que la semaine précédente. En trois semaines d’épidémie, 1100 personnes sont décédées. "On a une forte activité à l’hôpital", observe Sibylle Bernard-Stoecklin.

"Le H3N2 provoque des épidémies de plus grande ampleur. Il va toucher davantage les personnes à risque, les personnes âgées. Le H1N1 est moins épidémique, mais il peut tuer des personnes jeunes, comme en 2009", détaille le virologue de l’Institut Pasteur, en référence aux deux souches de virus A qui circulent jusqu’à présent.

L’an dernier, l’efficacité du vaccin avait été évaluée à 38% chez les Européens à risque. La grippe avait entraîné 13.000 décès.

Pas de remise en question du principe de vaccination

Pour autant, les spécialistes s’accordent à vanter les avantages de la vaccination. 

"Concrètement, c’est le meilleur outil que l’on ait pour se protéger contre la grippe. Il est imparfait, certes, mais on n’a pas encore trouvé mieux. On estime que l’on évite 2000 décès par an chez des personnes âgées grâce à la vaccination", rappelle la spécialiste de Santé publique France.  "Le vaccin protège contre des formes graves. Autrement dit, on peut contracter le virus en étant vacciné, mais sans avoir une forme sévère qui conduise à consulter, voire à être hospitalisé."

Autre avantage, le vaccin protège aussi cette année contre deux souches de virus B, contre une auparavant.

"Or comme l’an dernier, il n’est pas exclu de voir une apparition de ces virus de type B, après une épidémie de type A", ajoute Vincent Enouf. "La grippe est toujours imprévisible, on a des surprises chaque année", confirme Sibylle Bernard-Stoecklin.

Dans ce contexte, le respect de mesures barrière - comme se laver les mains régulièrement, utiliser un mouchoir à usage unique, porter un masque lorsque l’on est contaminé, éternuer dans son coude - reste plus que jamais d’actualité.

Le ministère de la Santé prévoit d’activer l’alerte sanitaire auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Les médias sont invités à relayer des spots de prévention, avec ces gestes de bon sens.