Le paquet neutre dégrade bien l’image du produit chez les fumeurs

Santé publique France publie ce jeudi une étude sur la perception du paquet de cigarettes par les fumeurs, deux ans après la mise en place du paquet neutre. Bilan: ce nouveau conditionnement réduit bien l’attractivité du tabac, avec un impact encore plus fort chez les jeunes.
Baisse de 20 centimes pour certains paquets. - Joel Saget - AFP
Image d'illustration Joel Saget - AFP

Cela fait 2 ans que le marketing des fabricants de cigarettes a disparu des paquets. Plus de logo, plus de couleurs attrayantes. Et sur les deux tiers du paquet, des messages sanitaires souvent anxiogènes.

Sans toujours convaincre les fumeurs d’arrêter, deux ans après sa mise en place, le paquet neutre a bien dégradé l’image qu’ils ont de ce produit. Selon Santé publique France, entre 2016 et 2017, la proportion des fumeurs qui déclarent que leur paquet leur plaît a été divisée par 3, de 53% à 16%.

"Ça fait moyennement envie, mais on le garde dans la poche et on ne regarde pas; mais sinon le paquet neutre n’a rien changé pour moi. C’est juste pénible car je suis en coloc’, et on ne sait plus à qui appartient quel paquet", explique Jérémy, fumeur depuis 8 ans. 

Un paquet devenu gênant

Autre donnée avancée par l’agence sanitaire, la proportion des fumeurs qui déclarent qu’ils sont gênés par le fait de sortir leur paquet à la vue de tous a doublé, passant de 6% à 12%.

"L’apparence du paquet a un rôle à jouer. Par exemple, le fait d’être gêné à sortir son paquet de cigarettes lorsqu’on a envie de fumer à une terrasse de café, peut-être que cela va nous empêcher de fumer cette cigarette que l’on avait envie de fumer à ce moment-là", explique Viêt Nguyen-Thanh responsable unité addictions Santé publique France.

Augmentation du prix pour atteindre 10 euros l’an prochain, remboursement des substituts nicotiniques, opération "mois sans tabac" en novembre…  Le paquet neutre s’inscrit dans une politique bien plus large de "dénormalisation" du tabagisme. Et cette mesure serait particulièrement efficace chez les jeunes.

Les jeunes dans le viseur

"Quand on est jeune, on cherche à ressembler aux autres, à avoir une image, à adopter des marques. Et là justement on ne peut plus adopter de marque donc (le paquet neutre) c’est vraiment pour empêcher l’entrée dans le tabagisme des nouvelles générations et bien sûr, associé à un prix plus important du tabac, pour décourager les jeunes d’en acheter" explique Anne Laurence Le Faou, tabacologue et addictologue à l’hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP).

Selon une étude de l’Inserm, en 2017, soit un an après le lancement du paquet neutre, seul un jeune de 12 à 17 ans sur cinq (21%) a commencé à fumer. Contre un sur quatre (25%) un an plus tôt. Cette baisse est encore plus marquée chez les filles, qui sont moitié moins à devenir fumeuses.

"C’est énorme de passer d’un quart à un cinquième. C’est une très forte différence dans un temps relativement court. La génération sans tabac ne sera pas peut-être pas pour 2030. Mais on va voir normalement la prévalence baisser chez les jeunes", en conclut la tabacologue.