Implants mammaires: malgré les scandales, la demande ne faiblit pas

Alors que l’ANSM termine ses auditions de patientes, de médecins et de fabricants pour statuer sur l’innocuité des prothèses texturées, la demande d’augmentation mammaire ne faiblit pas en France. Enquête.
Un implant mammaire. (photo d'illustration) Miguel Medina - AFP

C’est une idée qui la travaille depuis au moins six ans. Melissa, 20 ans, est venue consulter un chirurgien plasticien pour se renseigner sur une augmentation mammaire.

"Je viens vous voir pour une possible augmentation de mes seins. J’y pense depuis que j’ai 14 ans. Depuis que mes copines avec leurs gros seins en maillot de bain se moquent de moi", justifie l’étudiante en marketing.

"Vous avez des inquiétudes?"

La jeune femme, aux longs cheveux lisses et bruns, vient d’arriver dans le cabinet de Sylvie Poignonec, installée dans le VIIIe arrondissement de Paris depuis une quinzaine d’années. Immédiatement, la spécialiste anticipe les questions qui fâchent:

"Les prothèses mammaires font l’objet de polémiques en ce moment. Vous vous êtes posée des questions? Vous avez eu des inquiétudes?", questionne le médecin, en référence à la réévaluation de la sûreté des implants texturés, après le recensement d’une cinquantaine de lymphomes, un cancer rare mais agressif.

"J’ai déjà entendu parler du cancer à cause de ça. Mais ma tante, qui a eu recours à la même opération, m’a dit que cela dépendait du médecin que l’on choisit!", se rassure Mélissa.

La spécialiste lui explique alors les différences entre les différentes prothèses: "On suit les recommandations des sociétés savantes. On ne pose plus de Biocell macro texturées de marque Allergan en France. Ce sont les prothèses qui ont été incriminées. Les gels de silicone sont très fiables actuellement".

La demande ne faiblit pas

Malgré les scandales, selon la Société Internationale de Chirurgie Esthétique Plastique (ISAPS), les opérations esthétiques du sein ont progressé de 4% en 2017 dans le monde. La même année, en France, 47.510 patientes ont été opérées pour une augmentation mammaire, quasiment autant que l’année précédente ; preuve que la demande ne faiblit pas.

Le docteur Poignonec constate même une légère croissance dans son cabinet: elle a opéré une cinquantaine de femmes l’an dernier, soit environ 5% de plus qu’en 2017.

"Aujourd’hui nous sommes une société où les personnes cherchent à avoir un meilleur aspect d’eux-mêmes, de se sentir mieux, d’avoir une meilleure qualité de vie, être plus confiant, c’est ce qui explique cette demande esthétique en général et en particulier d’avoir des seins qui sont l’expression de la féminité", analyse le professeur Laurent Lantieri, chef de service chirurgie plastique et reconstructrice à l’hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP).

"Aucune réglementation suffisante"

Pour autant, le spécialiste rappelle que cela reste une intervention chirurgicale, avec ses risques et ses bénéfices. "Il faut surtout que les patients soient informés que les implants sont soumis à l’usure et qu’à terme, on peut être amenés à les changer".

Il requiert une information précise des risques en fonction de la nature de l’implant: "Le problème des dispositifs médicaux implantables, c’est-à-dire que l’on met à l’intérieur du corps, c’est qu’ils ne sont pas soumis aux mêmes règles que les médicaments. Ils sont soumis qu’aux règles du marquage CE qui valide un processus industriel. Mais pour l’autre aspect médical, savoir quel est le retentissement d’avoir ses dispositifs médicaux implantables à long terme dans le corps, nous n’avons aucune réglementation suffisante", regrette le chef de service.

Sur les implants mammaires, le Professeur Lantieri réclame un outil aux autorités sanitaires, "depuis la crise des implants PIP où l’on sait qu’il s’agissait d’une escroquerie, nous souhaitons qu’il y a ait un registre national de tous les implants posés en France. Nous sommes 7 ans plus tard et nous n’avons toujours pas ce registre", déplore-t-il.