Hôpitaux de Paris: grève illimitée dans plusieurs services d'urgence

Patients de plus en plus nombreux, parfois violents, effectifs insuffisants, salaires trop bas... La grogne des personnels soignants s'intensifie. Pour dénoncer des "conditions de travail devenues insupportables", une grève illimitée s'est organisée dans la nuit de dimanche à lundi dans plusieurs services d'urgence de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.
Des personnels soignants en grève devant l'hôpital de la Pitie-Salpetriere, à Paris.
Des personnels soignants en grève devant l'hôpital de la Pitie-Salpetriere, à Paris. Kenzo Tribouillard - AFP

Les urgences des hôpitaux parisiens sont en crise. Le mouvement de grève entamé le 18 mars par l'hôpital Saint-Antoine après une série d'agressions de soignants a fait tache d'huile. Dans la nuit de dimanche à lundi, une partie des professionnels paramédicaux des services d’urgences de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) ont rejoint la mobilisation.

Outre l’hôpital Saint-Antoine, les services d’urgences de Lariboisière, de la Pitié-Salpêtrière, de Saint-Louis et Tenon ont entamé une grève illimitée, avec service minimum de la part des aides-soignants et infirmiers, pour dénoncer des conditions de travail "insupportables". Les syndicats Sud-Santé et la CGT appellent les 25 services d’urgences de l’AP-HP à rallier la cause. Ils devraient être suivis par "Bicêtre, Cochin, Robert-Debré et l'HEGP (Hôpital Européen Georges-Pompidou)", où des préavis doivent être déposés ce lundi, a indiqué à l'AFP l'urgentiste et cégétiste Christophe Prudhomme.

"Conditions de travail insupportables"

Car les doléances des personnels soignants sont nombreuses. Ils réclament notamment une revalorisation des salaires, avec une augmentation de 300 euros net, de meilleures conditions de travail et des locaux sécurisés alors que la violence aux urgences s’intensifie. Depuis le début de l’année, pas moins de cinq membres des personnels paramédicaux ont été victimes d’agressions.

Avec un afflux toujours plus important de patients, les personnels soignants sont débordés alors que les effectifs restent gelés pour des raisons budgétaires, précise Le Figaro. Des situations qui entraînent des drames comme la mort inexpliquée d’une quinquagénaire dans la zone d’attente des urgences de Lariboisière en décembre dernier. Cet incident avait révélé "une série de dysfonctionnements" et relancé la stratégie d'urgence du plus grand centre hospitalier français afin de désengorger ses 25 services d'accueil (dont 8 services pédiatriques) d'ici 2023.

Solutions "insuffisantes"

Mais à l'issue de la première réunion de négociations, ce lundi, "les réponses apportées par la direction de l'APHP ont été jugées très insuffisantes", rapporte la CGT dans un communiqué de presse.

La direction a tenté de désamorcer la fronde en promettant notamment 45 postes supplémentaires à répartir selon les besoins des services. 

"Mais il manque 700 postes pour assurer la sécurité des patients", s'était déjà indigné Christophe Prudhomme, s'appuyant sur un référentiel établi par l'association Samu-Urgences de France.

Mouvement "en cours d'extension"

Concernant la demande de réévaluation des salaires, "la seule proposition qui a été faite est d'attribuer une indemnité pour travaux dangereux", regrette l'organisation syndicale. Seules les questions sécuritaires ont fait l'objet de "quelques avancées", avec notamment "l'application systématique du dispositif de protection des personnels en cas d'agression".

La mobilisation devrait donc s’intensifier dans les jours à venir, notamment durant le week-end de Pâques. "Le mouvement est en cours d'extension à l'ensemble des services d'urgences adultes et enfants de l'AP-HP", précise la CGT dans son communiqué.