Drogue: le phénomène inquiétant du gaz hilarant

Inhaler du protoxyde d'azote, aussi appelé "gaz hilarant", c'est avoir un fou rire de plusieurs secondes. Mais c'est surtout se mettre en danger, car ce gaz peut provoquer des effets irréversibles, voire tuer.
Une capsule vide de protoxyde d'azote, plus connu sous le nom de gaz hilarant, jetée dans la rue.
Une capsule vide de protoxyde d'azote, plus connu sous le nom de gaz hilarant, jetée dans la rue. BFMTV

Du fou rire à la mort. L'OFDT (observatoire des drogues et des toxicomanies) publie jeudi une analyse sur le phénomène dangereux du protoxyde d'azote, aussi appelé "gaz hilarant". Il est fréquemment utilisé en tant que drogue dans des soirées étudiantes, notamment en médecine. Le quotidien Le Parisien a interrogé plusieurs aspirants médecins, qui assurent que la circulation de ce gaz est complètement banale dans leurs soirées, ce depuis plusieurs années.

Un produit légal et pas cher

Si le protoxyde d'azote a tant de succès, en soirée d'étudiants en médecine, comme dans d'autres cercles, c'est en particulier parce qu'il est très accessible. Ce produit de synthèse est contenu pur dans des capsules de chantilly ou, plus toxique, dans des aérosols utilisés pour nettoyer les claviers d'ordinateur, à base de butane et de propane.

Les cartouches de gaz pour crème chantilly sont en vente libre, et représentent un coût moindre. Du site d'Amazon à celui de Darty, les capsules se vendent moins d'un euro l'unité, parfois 30 centimes, par lots de 10, 50, 300 voire plus.

La vente de capsules de protoxyde d'azote est tout à fait légale en France. Elles sont notamment utilisées pour recharger les siphons à chantilly.
La vente de capsules de protoxyde d'azote est tout à fait légale en France. Elles sont notamment utilisées pour recharger les siphons à chantilly. Capture d'écran Amazon

En médecine, le protoxyde d'azote a des propriétés anesthésiantes, mais est dilué avant d'être injecté et donné en très petites doses. "Dans le cadre d’un usage détourné, il est utilisé en inhalation pour ses effets d’ivresse, d’euphorie, d’étourdissement et d’excitation", explique le site de l'OFDT. Sa durée d'action est très courte, quelques secondes de fou rire ou de déséquilibre, mais peut faire de graves dégâts.

En danger de mort

"S'il y a une association, par exemple avec de l'alcool, ou avec des produits énergisants - comme des boissons énergisantes - l'association de ces médicaments et de ces boissons fait que le coeur peut s'emballer, parce qu'il y a une accélération de tout ce qui touche au rythme cardiaque", explique Patrick Goldstein, chef des Urgences au CHRU de Lille, lors d'un sujet BFMTV sur la mode du gaz hilarant.

"Le protoxyde d'azote expose à des risques parfois mortels", explique au Parisien Mourad Benyamina, anesthésiste-réanimateur. Outre le risque d'avoir ou de provoquer un accident sous l'effet de la drogue, "le danger, c'est la répétition" explique le médecin. Ce gaz, qui arrive très vite dans le sang - d'où ses effets rapides mais courts - "peut provoquer des vomissements, des troubles neurologiques, car il inactive la vitamine B12, à l'origine d'une bonne innervation".

En 2015, la mort d'un adolescent en banlieue londonienne avait été médiatisée: la victime avait consommé de l'alcool, mais aussi du gaz hilarant. Le 5 mai dernier, un jeune homme de 19 ans est mort dans la Meuse après avoir inhalé deux fois du gaz d'aérosol lors d'une soirée. Dans le même département, un deuxième est décédé, peut-être après en avoir consommé, rapporte Le Parisien.