Des paralysés parviennent à reprendre la marche grâce à une stimulation électrique 

L'Ecole polytechnique de Lausanne  l'expérimentation d'un système de stimulation électrique dans la colonne vertébrale a permis à plusieurs paraplégiques de retrouver le contrôle de leurs muscles et de marcher.
This handout photo released on October 31, 2018 by the Federal Polytechnique School of Lausanne (EPFL)/ The Lausanne University Hospital (CHUV) shows Gert-Jan Oskam, at the Lausanne University Hospital in April 2018. A breakthrough treatment involving electrical stimulation of the spine has enabled paralysed patients to walk again, apparently reactivating nerve connections and providing hope for people even years after accidents. EPFL / AFP
Photo prise par l'Hôpital universitaire de Lausanne. EPFL / AFP

Des paraplégiques traités par stimulation électrique en Suisse ont recouvré le contrôle de leurs muscles paralysés depuis longtemps et ont pu marcher à nouveau, et même, pour la première fois, en l'absence de la stimulation.

Des études américaines précédentes parues récemment ont montré une capacité de faire quelques pas avec des aides à la marche, mais uniquement avec une stimulation continue. Cette fois, la recherche de l'École polytechnique fédérale de Lausanne et de l'Hôpital universitaire de Lausanne fait l'objet de deux articles paraissant mercredi respectivement dans Nature et Nature neuroscience

"Un pas de géant" 

"Personne n'avait démontré avant" la possibilité de bouger ou marcher après l'arrêt de la stimulation chez l'humain, assure Jocelyne Bloch qui a posé les implants "(16 électrodes connectées à un stimulateur).

C'est un "pas de géant" dans la recherche sur les blessés de la moelle épinière, souligne Chet Moritz, un spécialiste américain de l'Université de Washington dans un éditorial de la revue scientifique Nature. Le fait qu'après plusieurs mois de stimulation, ces trois hommes aient pu reprendre le contrôle de leurs muscles paralysés, sans activer la stimulation, est une "preuve solide que le cerveau et la moelle épinière ont rétabli des connections naturelles", note-t-il. 

"Deux de ces participants étaient même capables de marcher (...) en utilisant un déambulateur à roulettes pour l'équilibre et la sécurité", relève-t-il

Plus de 2 km avec simulation 

La stimulation épidurale (les électrodes sont placées en dehors de la membrane protectrice de la moelle) au niveau lombaire en dessous de la lésion a été utilisée en combinaison avec un entraînement physique intensif avec harnais chez ces trois blessés de la moelle.

L'expérience comprend deux phases : dans la première, la stimulation permet une activation des muscles et augmente l'endurance à l'entraînement. Dans une 2e phase on commence à voir une récupération neurologique, c'est à dire que certains mouvements sont devenus possibles sans stimulation, relate la neurochirurgienne.

Des électrodes sont reliées par un câble au neurostimulateur logé dans l'abdomen sous la peau. Une une montre à commande vocale permet au patient d'activer son stimulateur.   

"Le meilleur fait plus de 2 km avec stimulation en laboratoire après plusieurs mois d'entraînement. Il est actuellement toujours capable de le faire", précise Jocelyne Bloch.

Ces patients ont gagné en autonomie. "Je devrais bientôt arriver à faire un barbecue moi-même debout" dit Gert-Jan qui peut maintenant parcourir de courtes distances, même sans stimulation.

L'un d'entre eux a retrouvé le contrôle des muscles de sa jambe gauche complètement paralysée et amélioré celui de sa jambe droite. Si pour lui, le fauteuil roulant reste le moyen de déplacement le plus efficace, il peut déjà faire quelques pas sans assistance. Le plus gravement atteint a eu besoin de 3 mois supplémentaires. Désormais, il peut marcher en laboratoire avec la stimulation.

Peuvent-ils encore progresser ? "Certainement, mais cela implique un entraînement sans relâche", dit Jocelyne Bloch. La prochaine étape pour les chercheurs sera de tester cette neurotechnologie très tôt après le traumatisme, quand le système neuromusculaire n'a pas encore subi l'atrophie consécutive à la paralysie chronique, "idéalement quelques semaines (4-5) après l'accident", dit la neurochirurgienne.