Contre la fermeture d'une maternité, des maires de l'Indre menacent de démissionner

Des élus locaux menacent de rendre leur écharpe ce jeudi pour protester contre la fermeture d'une maternité du département de l'Indre, sur fond de désertification médicale.
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Photo d'illustration PHILIPPE HUGUEN / AFP

Après plusieurs mois de colère et de mobilisation, une soixantaine d'élus sont sur le point de présenter leur démission au préfet de l'Indre, ce jeudi soir à Châteauroux, pour protester contre la fermeture de la maternité de la commune du Blanc dans l'Indre.

Dans ce service hospitalier de cette commune de 7.000 habitants, plus aucun acte médical n'est pratiqué depuis juin, faute de professionnels de santé. La fermeture, qui était censée être provisoire, pourrait finalement devenir définitive. La décision du conseil de surveillance de l'hôpital sera rendue le 19 octobre prochain. Si tel était le cas, les habitants devraient effectuer une heure de route pour accéder à la maternité la plus proche.

Une heure de route pour aller accoucher

Jennifer Le Blanc va par exemple devoir faire 45 kilomètres pour se rendre à la maternité de Châteauroux, située à une heure de route. Elle et son époux redoutent déjà un tel trajet dans l'urgence, sous tension.

"Le réseau téléphonique est très mauvais sur cette route, donc s'il y a la moindre complication on sera seuls le papa et moi. Livrés à nous-mêmes" explique Jennifer à BFMTV.

"C'est un désengagement total!"

"C'est injuste pour le territoire, c'est un désengagement total en matière de santé. Et c'est violent de demander à des femmes d'aller accoucher à plus d'une heure de route de leur domicile. C'est intolérable!" déplore Laurent Laroche, maire démissionnaire de la commune de Belâbre ce jeudi sur notre antenne.

Echarpe tricolore et lettre de démission à la main, l'élu local poursuit: "La sécurité est un faux problème, il s'agit ici d'un problème économique. Nous demandons un dialogue avec les responsables de l'Agence régionale de santé (...) et nous appelons aussi à rencontrer madame Buzyn, la ministre de la Santé".

"C'est vraiment un SOS pour dire 'mais écoutez nous! C'est vraiment un problème de santé publique!' Les gens des territoires un peu isolés ont le droit de vivre comme ceux des métropoles".

"On nous dit 'vous ne trouverez pas de jeunes gynécologues', eh bien moi je dis 'non c'est faux'. Nous avons déjà réussi à faire venir deux jeunes ophtalmos (...), et ils ne veulent pas aller travailler ailleurs que dans cette commune car ils s'y sentent bien" tonne Annick Gombert, maire PS démissionnaire du Blanc, au micro de BFMTV.

"Je pense qu'il est tout à fait possible d'obtenir de jeunes gynécologues qui voudraient connaître cette ville et auraient envie d'y rester".

Symbole de la désertification des territoires ruraux

L'Agence régionale de santé, elle, évoque un manque de personnel corrélé à un nombre d'accouchements en baisse. En réaction, trois gynécologues ont proposé ce jeudi un plan de réorganisation de la maternité adapté au nombre d'accouchements, soit 300 l'année dernière. Un espoir pour les habitants qui redoutent que la disparition de cette maternité n'entraîne la disparition d'autres services comme ceux des urgences et de la chirurgie. 

Cette maternité de l'Indre est devenue le symbole de territoires qui s'estiment de plus en plus abandonnés par l'Etat. Au 1er janvier 2017, l'Ordre national des médecins recensait de nombreux déserts médicaux sur le territoire français. Mais beaucoup d'autres services sont concernés par cette désertification des territoires ruraux.

"On voit des gares qui ferment, des bureaux de poste, des palais de justice, mais aussi énormément de services administratifs, des prisons..." raconte Clément Pétreault sur notre antenne. Pour le journaliste et auteur de Nationale 7, voyage dans une France oubliée, "les gens se battent pour garder ces services parce que ça crée de l'emploi, et donc de la richesse, de la consommation et donc de la vie locale".