Comment sont suivies les personnes atteintes de troubles psychiatriques?

La principale suspecte dans l'incendie de la rue Erlanger, qui a fait dix morts, a été transférée à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police mardi. Elle aurait déjà effectué dix séjours en hôpital psychiatrique au cours des dix dernières années. La situation relance la question du suivi des personnes atteintes de troubles mentaux. 
La suspecte aurait effectué une dizaine de séjours en hôpital psychiatrique ces dix dernières années.
La suspecte aurait effectué une dizaine de séjours en hôpital psychiatrique ces dix dernières années. Olivier Laban-Mattei - AFP

Dans la nuit de lundi à mardi, une femme suspectée d’être à l’origine de l’incendie qui a tué dix personnes et fait plus de trente blessés dans un immeuble du 16e arrondissement de Paris, a été interpellée. En raison de son état mental jugé incompatible avec son maintien dans les locaux de police, elle a été transférée mardi à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police pour recevoir des soins. La santé mentale de cette femme, qui aurait effectué une dizaine de séjours en hôpital psychiatrique ces dix dernières années, relance la question du suivi des personnes atteintes de troubles mentaux.  

Déjà visée par trois procédures judiciaires, dont une en 2016 pour l’incendie d’un magasin, elle n’a finalement pas été poursuivie pénalement dans deux affaires en raison d’un “état mental déficient”.

"Déstructuration de la conscience"

"Pénalement, on ne peut être responsable de ses actes que si on en a conscience. Par conséquent, une personne qui, pour des raisons médicales, n’a pas conscience des actes qu’elle commet, ne peut pas être déclarée responsable et faire l’objet d’une procédure pénale", explique ce mercredi sur notre antenne Jacky Coulon, secrétaire général de l’union syndicale des magistrats.

Cette abolition du discernement se manifeste par des phases de "déstructuration de la conscience, de délires", précise à BFMTV.com Gérard Rossinelli, président de l'association nationale des psychiatres experts judiciaires. Le professionnel se souvient d’un cas qu’il a dû évaluer:

"Un retraité était persuadé que sa voisine lui volait du linge pendant la nuit. Un jour, il a pris son fusil et il l’a tuée. C’est un coup de folie, il ne se rendait pas compte de ce qu’il faisait".

"Si les délires diminuent, on peut proposer une sortie"

Dans de telles circonstances, la justice déclare l’accusé irresponsable. Ce dernier est alors remis entre les mains du corps médical et éventuellement interné en hôpital psychiatrique.

"La durée de l’internement est conditionnée par l’état de santé du patient. Si les délires et les hallucinations diminuent on peut proposer une sortie", explique Gérard Rossinelli. "Le plus souvent, c’est l’équipe médicale en accord avec le patient et sa famille qui décide, au moment où l’on pense que la personne est en état de sortir", développe Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor.

Un suivi ambulatoire est éventuellement mis en place avec des consultations, une hospitalisation de jour ou encore des visites à domicile.

"Aléas humains"

Dans le cas d’une hospitalisation sous contrainte, qui relève d’une décision de justice, la levée de l’internement est soumise à une décision des psychiatres et du juge, "sachant qu'il peut ordonner une sortie contre l’avis du corps médical", souligne le psychiatre Gérard Schmit. Des soins sous contraintes peuvent être ordonnés une fois le patient sorti de l’hôpital psychiatrique, comme des consultations régulières, "et s’il ne se présente pas aux rendez-vous, les manquements seront notifiés au juge", précise l’ancien président de la Fédération française de psychiatrie.

"Normalement, le suivi se fait dans la continuité des soins prodigués à l’hôpital. Par ailleurs, la sortie n'intervient pas du jour au lendemain. Il y a une préparation qui peut durer plusieurs semaines pour vérifier, lors de permissions de sorties d’essai, que la personne continue à aller bien à l’extérieur", ajoute Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor.

"Beaucoup de rechutes" 

Ces précautions n’écartent pas pour autant les incertitudes quant à la façon dont va agir le patient après sa sortie. Gérard Rossellini constate "beaucoup de rechutes", comme c’est le cas pour la suspecte dans l’incendie de la rue Erlanger.

"On est face à une maladie très grave, on met tout en œuvre pour éviter ce genre de drame mais des accidents arrivent, ils sont liés aux aléas humains", commente Antoine Pelissolo qui souligne "les besoins énormes de la santé mentale en France".

En janvier dernier, il avait adressé une lettre, signée par plus de 100 psychiatres, à la ministre de la Santé pour dénoncer une prise en charge insuffisante des personnes atteintes de maladies mentales.