Bientôt des applications et des sites internet pour lutter contre les addictions?

Beaucoup de Français font un usage quotidien de produits psychoactifs: 13 millions du tabac, 5 millions de l’alcool, 700.000 du cannabis. Selon le rapport Addictions: la révolution de l’e-Santé, remis ce mardi à la MILDECA, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, l’e-Santé pourrait apporter une considérable amélioration du service médical rendu dans la prévention, le repérage, le diagnostic et la prise en charge des addictions.
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Photo d'illustration BFMTV

Lancer un grand plan de lutte contre les addictions grâce à la e-santé. Voilà ce que recommande au gouvernement un rapport publié ce mardi matin. Selon le professeur Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions, à l’origine du rapport, "il y a un fossé entre les personnes qui souffrent d’addictions et celles qui sont réellement traitées. C’est ce qu’on appelle le 'treatment gap'. 80% des gens qui souffrent d’addictions ne trouvent pas de traitement quand ils en ont besoin, car les structures hospitalières sont insuffisantes, les médecins généralistes mal à l’aise avec ce type de patients, et parce que pour les malades, il est difficile de parler".

Face à ce constat, le rapport juge que le smartphone devrait désormais être considéré comme un vecteur privilégié de lutte contre les addictions, le taux d’équipement des Français étant de 73% en 2017 et continuant de progresser.

"Il ne s’agit pas de remplacer les médecins par des robots, mais d’aider les patients à trouver des gens empathiques à travers la e-santé, des soignants qui pourront leur apporter les réponses nécessaires", précise Michel Reynaud.

Aux Etats-Unis, des applications remboursées

Selon le rapport, la priorité est de développer des plateformes communautaires, des sites incluant un forum, avec un développement d’applications, comme cela se fait déjà à l’étranger dans de nombreux pays. En Angleterre, par exemple, le site de l’organisation caritative Drinkaware a été visité 10 millions de fois en 2016 par des visiteurs uniques. 28% des visiteurs ont rempli le questionnaire en ligne afin de s’autoévaluer. La Hollande de son côté a opté pour un partenariat public-privé sans doute unique dans le monde. Le site de "Minderdrinken16" offre des outils d’autoévaluation et du contenu, un cours en ligne, et permet également de rentrer en contact avec des conseillers tout en conservant l’anonymat, et gratuitement, si le besoin est avéré, sur la base d’un questionnaire d’autoévaluation.

Aux Etats-Unis, des applications comme A-CHESS et reSET, reconnues comme thérapies numériques et remboursées aux patients, ont fait leurs preuves. Selon le professeur Michel Reynaud, "ces applications fonctionnent très bien. Elles diminuent de 50% le taux de rechute et augmentent de 50% le taux de suivi dans les premiers mois".

En France, le nombre de sites web dédiés aux addictions est difficile à connaître avec précision, et leur fréquentation difficile à évaluer. Il existe désormais une myriade d’applications mobiles dédiées à la santé et au bien-être, sans doute plus de 200.000, mais la plupart ont une durée de vie assez courte, et sont rarement utilisées sur le moyen, voire sur le court terme (quelques jours ou quelques semaines). En 2013, 80% des applications santé étaient téléchargées moins de 500 fois, pour une durée moyenne d’utilisation de deux semaines.

La confidentialité et la sécurité des données en question

Attention toutefois aux dérives, prévient d’ores et déjà le Fonds Actions Addictions, qui souligne que les réseaux sociaux peuvent désormais soit constituer des "faux-nez" d’une démarche avant tout commerciale — recruter des patients par exemple — soit être utilisés par des tiers se faisant passer pour des utilisateurs mais engageant en réalité une activité de promotion de produits ou d’offre de service auprès d’une population fragilisée.

Toujours selon ce rapport, des pratiques commerciales abusives ont été récemment dévoilées dans le champ des addictions et comprennent notamment: le rabattage de patients vers des centres, les sites web prédateurs, la promotion d’analyse d’urine, la surfacturation des actes, la capture de clientèle auprès d’assureurs et de réseaux de soins établis, la fausse publicité, et la revente d’informations personnelles.

Pour délivrer des interventions efficaces, les applications des smartphones devraient autoriser la collecte de données pertinentes sur l’usager. "Ce qui pose plus de problème, c’est la confidentialité de ces données", prévient Michel Reynaud.

"Ce qu’on demande, c’est la mise en place d’un plan avec des moyens financiers, qui permettraient justement de mettre en place des plateformes sécurisées pour les utilisateurs. Il faut que la ministre de la Santé intègre ces mesures dans son plan de développement de la e-santé".