Augmentation des troubles cognitifs chez les enfants: les professionnels pointent la responsabilité des écrans

En 2018, les troubles de la parole et du langage ont augmenté de 94% chez les enfants scolarisés souffrant de handicap, selon le ministère de l'Education nationale. L'occasion pour les professionnels de la santé infantile de rappeler les effets néfastes d'une surexposition aux écrans.
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Denis Charlet-AFP - (Photo d'illustration)

Comme chaque année, l’Education nationale a publié des données sur le nombre d’enfants scolarisés souffrant de handicap, et les chiffres ont progressé de façon alarmante. En huit ans, les troubles intellectuels et cognitifs ont augmenté de 24%, les troubles psychiques de 54% et les troubles de la parole et du langage de 94%.

"Face à un tel constat, comment ne pas s’interroger sur la responsabilité de la surexposition aux écrans?", questionne Eric Osika, pédopsychiatre et membre du collectif CoSE. Les appareils numériques (télévisions, smartphones, tablettes...) ont envahi notre quotidien. Ils servent à distraire les enfants dans les transports, les salles d’attente… Ils sont également un outil de choix pour octroyer aux parents un moment de tranquillité.

Pas plus de deux heures d'écran par jour

Mais de plus en plus d’études démontrent que les écrans ont un effet délétère sur le développement cognitif des enfants. Des chercheurs canadiens de l’Institut CHEO, de l’université d’Ottawa et de Carleton, ont mené leurs travaux auprès de 4.524 enfants de 8 à 11 ans à travers les Etats-Unis. Ils en ont conclu que ceux qui passaient plus de deux heures par jour sur les écrans avaient de moins bonnes capacités.

"Parce que c’est de la lumière très rapide, du mouvement, du son, qui vont surstimuler l’attention-réflexe et cela empêche le développement de l’attention secondaire qu’on appelle la concentration. Or, les enfants ont absolument besoin de concentration pour apprendre à mémoriser et entrer dans les apprentissages", détaille Sabine Duflo, psychologue et thérapeute familiale en pédopsychiatrie.

Contacté par BFMTV.com, Yann Leroux, psychologue spécialiste du numérique, tient à nuancer le lien entre les écrans et les troubles cognitifs des enfants. "Les effets néfastes du numérique apparaissent avec une utilisation massive des écrans, insiste-t-il, à hauteur de quatre à six heures par jours. On est quasiment dans une situation d’abandon de l’enfant dans ces cas-là, et c’est ce qui est le plus dommageable." Le psychologue précise que les enfants peuvent "tout à fait avoir une utilisation raisonnée et bénéfique de ces outils, qui sont une formidable voie vers l’instruction".

Difficultés à gérer les émotions

Pour Eric Osika, "il est difficile d’établir une limite stricte et définitive au-delà de laquelle les écrans deviennent réellement néfastes, explique-t-il à BFMTV.com. Mais il ressort que les enfants de moins de deux ans ne devraient pas être exposés aux écrans. Et au-delà de cet âge, ils ne devraient pas y passer plus de deux heures par jour".

Sans ces mesures de précaution, le sommeil et le comportement des enfants peuvent s’en trouver affectés. "Ils ont par exemple des difficultés à gérer leurs émotions et sont davantage sujets à des crises de colère." Le temps passé devant un écran peut donner l’impression d’un effet apaisant mais, dans les faits, il est souvent suivi d'une agitation ou d’une colère accrue par cette exposition, souligne Eric Osika. Le pédopsychiatre se souvient d’une petite fille de deux ans que les parents avaient amenée à son cabinet pour des problèmes d’allergies.

"J’ai vu tout de suite qu’elle était surexposée aux écrans, raconte-t-il. Elle est entrée dans mon cabinet et ne m’a prêté aucune attention, elle n’a pas cherché à évaluer qui j’étais. Elle n’avait plus de bulle de sécurité car trop habituée à un univers numérique où il ne se passe rien. Socialement, c’est très inquiétant", déplore le professionnel.

Attitudes hypersexualisées ou violentes

En octobre dernier, à l’occasion des dix ans de la campagne du CSA visant à bannir les écrans pour les moins de trois ans, la ministre de la Santé Agnès Buzin a rappelé que l'exposition des très jeunes enfants aux écrans entraîne des risques pour le développement et la santé physique.

Mais les petits ne sont pas les seuls concernés. Les adolescents aussi peuvent être perturbés par une surexposition aux écrans et contracter des troubles "du sommeil, de l’attention, une hyperactivité. Il existe aussi un retentissement sur les activités physiques, le poids, la vision, l’humeur (anxiété, isolement, dépression) et des attitudes hypersexualisées ou violentes, dues à l’exposition à la pornographie et à la violence", écrivent les membres du CoSE dans une tribune publiée dans Le Monde.

Ces professionnels de la santé infantile attendent des responsables politiques qu’ils soutiennent davantage les équipes de recherche et qu’ils élaborent une stratégie nationale de prévention aux risques liés à la surexposition aux écrans.