Maître Gims et son frère Darcy se lancent dans le manga: "Devil's Relics, c’est un peu notre vécu"

Le rappeur, fan de mangas, a écrit avec son frère Darcy et le scénariste Jean-David Morvan, Devil's Relics. Un album dessiné par le mangaka Yoshiyasu Tamura. Explications.
Manga Maître Gims
Détail de la couverture de Devil's Relics, le manga de Maître Gims © 2018 – Maître Gims, Darcy, JD Morvan, Tamura – Éditions Glénat / Éditions Fayard

C’était un rêve de gosse. Maître Gims et son frère Darcy ont écrit, avec la complicité du scénariste Jean-David Morvan, un manga intitulé Devil’s Relics. Dessiné par le Japonais Yoshiyasu Tamura, cet album raconte l'histoire de Kaïs, un jeune homme ténébreux survivant grâce à des combats clandestins dans un monde futuriste plongé dans le chaos.

Le projet a été imaginé il y a une quinzaine d'années. Fan de mangas, Maître Gims griffonnait sur des bouts de papier des personnages, dont certains ont été réutilisées dans Devil’s Relics. Avec ses frères, dessiner était une manière d’enchanter leur morne quotidien: "Le dessin, c’était plus lui. Je n’ai pas son talent du dessin", précise Darcy.

Manga Maître Gims
Devil's Relics © 2018 – Maître Gims, Darcy, JD Morvan, Tamura – Éditions Glénat / Éditions Fayard

"Il nous dessinait avec des pouvoirs"

En revoyant les premières esquisses des personnages de Devil's Relics, il replonge aussitôt en enfance: "Gims dessinait tout le temps à la maison. A la base, il nous dessinait. C’était nous les personnages. On avait notre propre histoire et il nous dessinait avec des pouvoirs." L’intrigue, qui se déroule dans des immeubles vides, aux allures de squats, possède une dimension autobiographique, révèle le jeune homme:

"L’histoire de Kaïs et de ses compagnons, c’est aussi un peu notre vécu", ajoute-t-il. "Kaïs n’a pas de frères et sœurs, mais l’environnement où il est ressemble un peu à l’endroit où on a grandi. C'est difficile, on est à l’étroit, c'est un peu comme un squat. C’est vraiment notre passé à nous tous. A l’avenir, Kaïs aura des réactions, des réflexions, des aventures qui nous sont arrivées."

Des détails invisibles aux yeux des lecteurs, mais qui ont beaucoup ému les parents de Maître Gims et de Darcy. "Quand je leur raconte l’histoire, ils comprennent tout de suite les références."

"Une grosse émotion"

Un mystérieux personnage apparaît dans les premières pages du manga. Affublé de lunettes de soleil comme Maître Gims, il est l'une des clefs de cette aventure et occupe depuis plusieurs années une place importante dans leur imaginaire familial. Idem pour Kaïs et Captain Firefire, le personnage préféré de Darcy: "C’est une grosse émotion de le voir dessiner".

Manga Maître Gims
Devil's Relics © 2018 – Maître Gims, Darcy, JD Morvan, Tamura – Éditions Glénat / Éditions Fayard

Comme Maître Gims, Darcy a grandi avec les shônen, les récits initiatiques pour adolescents, et en a digéré les codes.

Parmi leurs inspirations figurent Hunter x Hunter (la scène d'ouverture, lors de la vente aux enchères, est une référence directe), One Piece, Dragon Ball, Ken le survivant, JoJo's Bizarre Adventure, L'Habitant de l'infini… Soit des mangas avec "de l’action, des intrigues, des secrets". Pour l’écriture, ils se sont aussi nourris de séries avec des touches de fantasy, comme Game of Thrones et Vikings.

"Faire du manga avec un Japonais en France"

Jean-David Morvan, qui travaille régulièrement avec des auteurs asiatiques, connaît bien l’univers du manga. Contacté par Glénat pour rejoindre le projet, il a proposé le dossier de Yoshiyasu Tamura:

"C’était une des seules occasions aujourd’hui de faire du manga avec un Japonais en France" explique-t-il. "Les budgets du manga français sont ce qu’ils sont et c’est difficile de faire venir un auteur japonais pour travailler pour la France - et ils sont assez méfiants. Ce projet nous a permis de faire quelque chose de différent."

Maitre Gims
Devil's Relics © 2018 – Maître Gims, Darcy, JD Morvan, Tamura – Éditions Glénat / Éditions Fayard

Ce quelque chose de différent est Kaïs, un héros qui refuse de se battre. "Il est super fort et n’aime pas se battre. C’est rare d’avoir un personnage qui ne veut pas se battre. Surtout dans les références qu’on a prises", souligne Darcy. Il ajoute: "On a mis beaucoup de temps à trouver le personnage que l’on voulait. Le personnage principal a beaucoup changé. A chaque fois, on voulait rajouter un détail: une couleur de cheveux, une balafre, les boucles d’oreille, son regard…"

"Ce n’était pas un caprice de stars"

“Le vrai problème de ce personnage, graphiquement, au départ, est qu’il avait l’air méchant”, renchérit Jean-David Morvan. "Il devait avoir l’air sombre, mais pas méchant. C’était là-dessus le vrai boulot." "Il est un peu comme Ken le Survivant ou Jôtarô dans la troisième saga de Jojo's Bizarre Adventure. C’est vraiment eux les références: des héros au visage fermé, qui aiment leurs amis plus que tout", complète Darcy. C’est cette connaissance des codes du manga qui a séduit Jean-David Morvan:

"Quand j’ai rencontré pour la première fois les garçons, j’ai su que ce n’était pas un caprice de stars. Je trouvais qu’ils avaient une vraie légitimité à faire ce manga, car ils avaient une vraie envie. Ça s’est senti tout de suite."

Depuis la Japan Expo, le quatuor ne se quitte plus et multiplie les rencontres pour boucler la suite, prévue pour juillet 2019. L’écriture du scénario se déroule de manière collégiale. Si Yoshiyasu Tamura a la main sur le storyboard, Maître Gims donnera des indications graphiques précises pour une séquence de bataille du tome 2. En attendant de la découvrir, ils rêvent de la possibilité de mêler sur scène ou en clip dessin et musique, à la manière de Gorillaz.

Devil’s Relics, Yoshiyasu Tamura (dessin), Maître Gims, Jean-David Morvan et Darcy (scénario), Glénat, 192 pages, 6,90 euros.