Elizabeth II: les secrets d'un empire

Personnage à la fois familier et énigmatique, le reine d'Angleterre est un point de repère immuable dans la vie des Britanniques. BFMTV lui consacre une enquête, diffusée ce lundi soir: Elizabeth II, les secrets d'un empire.
Elizabeth II
Elizabeth II Toby Melville / Pool / AFP

Sa silhouette, aujourd'hui un peu voûtée, toujours vêtue de tailleurs aux couleurs vives et coiffée d'un chapeau assorti, fait partie de la vie des Britanniques. Qu'ils l'aiment ou non, la reine d'Angleterre est un point de repère dans leur vie, un personnage à la fois familier - ils la pratiquent depuis 1952 - et assez énigmatique, car personne ne sait exactement ce qu'elle pense. 

Alors que le pays vient de célébrer en grandes pompes le 93e anniversaire de sa souveraine, BFMTV lui consacre une grande enquête, intitulée  Elizabeth II, les secrets d'un empire, diffusée ce lundi soir.

Quelle est la personnalité de cette reine devenue une icône? D’où vient sa fortune? Quels sont ses secrets pour faire de son clan, un label plus puissant qu’une multinationale? Telles sont les questions auxquelles répond cette enquête, émaillée de témoignages de personnes de l'entourage de la souveraine, mais aussi de spécialistes de la royauté, ou même de détracteurs.

Une véritable ruche

Derrière les murs de Buckingham Palace, une véritable ruche s'agite autour de la reine. Plus de 600 employés travaillent ainsi au bon fonctionnement du palais, dont le secrétaire particulier, en général un haut fonctionnaire passé par les services secrets, et douze dames de compagnie. Mais aussi bien sûr, de nombreuses femmes de chambre, chargées de nettoyer les 775 pièces du palais. Une personne en charge de remonter les 200 horloges, et même une brigade de pompiers. Tout ce petit monde est payé au prestige, plus qu'en monnaie sonnante et trébuchante - les salaires des employés de Buckingham étant généralement plus bas qu'ailleurs. 

"La Reine est réveillée tous les matins par l’une de ses habilleuses. Peggy ou May, évoque ainsi  Paul Burrell, son ancien valet de pied. Elles apportent une petite théière et un petit biscuit. Ensuite elles ouvrent les rideaux et font un peu de bruit… Comme ça, la reine sait qu’il y a quelqu’un dans la chambre. C’est comme ça que la reine se réveille,  personne ne s’approche d’elle pour la secouer."

Depuis son accession au trône en 1952, le rituel est immuable: "Chaque matin, son habilleuse entre avec deux croquis de deux tenues, et les pose sur sa coiffeuse. Le dessin avec la tenue que la reine veut porter le matin, elle le laisse sur la table, l’autre, elle le met par terre."

Chaque jour est orchestré de la même façon. L’après-midi, l’emploi du temps varie entre oeuvres de charité et garden party. Les week-ends, elle les passe loin de Londres, dans forteresse médiévale de Windsor. Chaque année elle prend 20 semaines de vacances par an. Les fêtes de Noël se déroulent, elles, dans le Norfolk et les vacances d'été à Balmoral, en Ecosse.

Vernis glamour

Sous un vernis glamour, la monarchie britannique est très hiérarchisée et codifiée. Ainsi, le prince Philip, son époux depuis plus de 70 ans, doit-il marcher trois pas derrière elle. Chaque nouvel arrivant de la famille, comme le  dernier né Archie Harrison, fils du prince Harry et de Megan, doit lui être présenté. Et la souveraine a un droit de regard sur les choix conjugaux des membres de son clan, selon une loi qui date de 1772. Elle a ainsi interdit à sa soeur Margaret d'épouser, au début des années 1950, le grand amour de sa vie, Peter Townsend, qui avait le grand défaut d'être divorcé. 

Mais Elizabeth II n’est pas qu’une aristocratique grand-mère, elle est une chef d’Etat. Chef des armées, de l'église anglicane, des seize pays du Commonwealth. Si elle ne gouverne pas directement mais elle a un privilège, une science que les chefs d’Etat lui envient.

Elle est en effet sans doute l'une des personnes les mieux informées du monde, depuis maintenant sept décennies. Tous les matins à 10 heures tapantes depuis 1952, on lui apporte la fameuse boîte rouge, qui contient tous les secrets d’Etat. 

René Coty et JFK

La reine a rencontré plus de 300 chefs d’Etat, dont John Fitzgerald Kennedy, et Nelson Mandela, qui était le seul à l'appeler Elizabeth. Elle a connu onze présidents français depuis René Coty, De Gaulle, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand. Pourtant, elle n'a aucun pouvoir. Le pouvoir appartient a l'exécutif et au législatif.

Si la monarchie britannique peut sembler un brin sclérosée, elle a tout de même su évoluer avec son temps. C'est ainsi que le prince William a pu épouser Kate Middleton, qui si elle s'acquitte à la perfection de ses fonctions de duchesse de Cambridge, est une simple roturière. L'arrivée dans la famille de Meghan Markle, Américaine métisse et divorcée, témoigne également d'une véritable évolution.  

"La reine sait que si la couronne ne s’adapte pas à la société, la couronne est condamnée. Cela correspond à sa nature, contrairement au portrait qu’on fait d’elle un peu trop souvent: la reine n’est pas une conservatrice obstinée", explique ainsi Adelaïde de Clermont-Tonnerre, directrice de la rédaction du magazine Point de vue.

La reine Elizabeth a ainsi déverrouillé petit à petit le carcan du milieu conservateur dans lequel elle avait toujours évolué.

Une marque puissante et incontournable

Si, malgré les épreuves, les divorces, les scandales et la mort de Diana, elle a maintenu le cap sans faire sombrer la monarchie, c’est qu'Elizabeth II a compris une chose: il faut soigner son image. Pour durer elle doit rester populaire, ainsi que sa famille. Elle a su créer une marque puissante et incontournable.

L’entreprise Windsor a aussi mis au point un marketing familial digne d’une multinationale. Ils sont 14 membres actifs de la famille royale, payés pour représenter la couronne. Les princes William et Harry en sont aujourd'hui les têtes d'affiche. 

Chacune de leurs apparitions publiques sont minutieusement mises en scène, chaque photo, chaque message publié sur les réseaux sociaux soigneusement étudié. 

Charles sera roi

Et ça marche! Les visiteurs se bousculent devant le château de Windsor, le mariage de Harry et Meghan a été suivi par 3 milliards de personnes dans le monde, et les objets dérivés se vendent comme des petits pains. 

Reste à savoir si le prince Charles, qui patiente depuis 45 ans, et succédera à la reine à sa mort, saura faire fructifier cet héritage. Aujourd’hui, seuls 24% des Britanniques ont de lui une opinion positive. Il n'est pourtant pas question pour lui d'abdiquer. 

"Il sera roi, bien sûr. C’est hors de question, comme a pu le véhiculer la rumeur ou l’opposition, que le trône saute une génération et passe directement à William, ça n’arrivera jamais. D’abord parce que William ne fera jamais ça à son père, ensuite parce que la reine Elizabeth ne le voudrait pas, au contraire elle a vraiment préparé la transition pour son fils", analyse Adélaïde de Clermont-Tonnerre.

Si les obsèques de la reine sont déjà minutieusement organisées, une chose est sûre: elle ne prendra jamais sa retraite et mourra sur scène.