xCloud : on a essayé le service de cloud gaming de Microsoft

Au cœur du Microsoft Theater, sur la scène même où l’équipe Xbox a tenu sa conférence d’ouverture de l’E3, nous avons pu jouer pendant quelques minutes à Halo dans le Cloud sur un smartphone. Une expérience instructive.
Xbox E3 2019
Le Logo Xbox au coeur du Microsoft Theatre à Los Angeles. 01net.com - Pierre Fontaine

Jauger un service de cloud gaming, c’est comme essayer d’attraper… un nuage. C’est même d’une certaine manière une forme profonde d’injustice, parce que comme tout élément qui repose sur un réseau, ses performances ne sont jamais égales qu’à son maillon le plus faible. Le data center peut être de l’autre côté de la rue, les serveurs dopés à coup de RAM, de processeurs dernier cri et de GPU surpuissants, les algorithmes de compression parfaits, il suffit que votre connexion à Internet soit défectueuse et s’en est fini de la magie du cloud gaming.

A l’opposé, quand tout fonctionne parfaitement, on ne sait pas si c’est parce qu’on est les seuls connectés à un routeur Wi-Fi branché en fibre optique au data center de l’autre côté de la rue.

Une manette Xbox attachée à un smartphone, l'attirail de base pour profiter de xCloud. 01net.com

Cette vérité nous a frappés après que nous avons eu l’occasion de discuter, sur un bout de trottoir californien, avec d’autres journalistes étrangers, qui s’y sont frottés avant nous avec plus ou moins de bonheur. Certains ont été confrontés à une dégradation de l’image ou à des lags, qui les ont laissés dubitatifs. D’autres avaient rencontré leur épiphanie, des étoiles plein les yeux, du Cloud plein la bouche.

Fluidité et microglitch

Notre expérience se situe quelque part entre les deux et revêt tout de même un caractère particulier. Car c’est Bill Stillwell, le directeur du projet xCloud, qui nous a tendu une manette Xbox asservie à un smartphone Android connecté à Internet en Wi-Fi. Aux aguets, il nous a ensuite regardé jouer à Halo quelques minutes.

En l’occurrence, le serveur n’était pas de l’autre côté de la rue, mais dans la région de la baie de San Francisco. Sans que cela n’ait aucun rapport, nous sommes immédiatement faits la remarque que le jeu était superbe et la qualité d’affichage incroyable. Couleurs, effets de lumière, fluidité des déplacements et frame rate quasi constant, tout y était, même quand l’écran se remplissait d’éléments mouvants ou plus complexes à afficher. La réactivité de Master Chief à nos sollicitations les plus improbables était parfaite. Il bondissait autant de fois qu’on le voulait et sans tergiverser, tirait, visait, balançait des grenades et étripait toute sorte de Covenants avec la rapidité d’un guerrier qui tournerait sur un serveur de l’autre côté de la rue.

A un instant, alors que nous levions les yeux pour poser une question à Bill Stillwell, nous avons vu se former quelques artefacts, puis tout est redevenu beau, lisse.

Le mini stand du Project xCloud dans le Microsoft Theatre. 01net.com - P.F.

La question qui nous avait fait détourner le regard visait à savoir si un débit minimum était demandé. « Pour l’instant, pour du 720p ou de la Full HD, il nous faut entre 7 et 10 Mbit/s », nous a-t-il précisé, avant de reprendre, « néanmoins, notre objectif est de faire en sorte que quand vous pouvez streamer une vidéo, vous puissiez également jouer ». La promesse est belle et Microsoft sait qu’il lui faudra encore un peu de temps pour parfaire les choses.

Est-ce que permettre de jouer via un navigateur Web et non grâce à une application fait des parties « choses » à parfaire ? Les équipes de Bill Stillwell y réfléchissent. Rien ne dit que dans le futur ce ne sera pas possible, mais pour l’instant Microsoft préfère utiliser une application, car elle représente un cadre plus contraint, plus maîtrisé, qui facilite l’obtention des meilleurs résultats.

De gros progrès, le progrès

La route est encore longue, donc, mais le chemin parcouru est déjà conséquent. Il représente plus de deux ans de travail acharné et a déjà abouti à trois générations successives de lames de serveurs. C’est dans ces serveurs que sont regroupées jusqu’à huit configurations de Xbox. « Nous avons réussi à optimiser l’espace, à réduire la taille de certains composants », énumérait le patron de xCloud pour justifier ces trois itérations.

Si on retrouve huit Xbox dans une lame, chaque joueur a-t-il droit à sa propre Xbox dans le Cloud ? Pas forcément. « Nous expérimentons certaines choses et essayons de regrouper plusieurs sessions de jeu sur une même « console » dans le nuage », nous expliquait Bill Stillwell. Cela marche évidemment pour les jeux peu exigeants mais devient bien plus dur, voire impossible pour des AAA qui poussent les Xbox dans leurs derniers retranchements. Au hasard, Cyberpunk 2077 ne tolérera pas trop de partager sa couche avec une autre session de jeu, a priori.

De même, l’arrivée de la 4K couplée au ray tracing sur la prochaine génération de Xbox demandera des ajustements, des évolutions. L’une d’elle ne dépendra pas directement de Microsoft. Il s’agit évidemment de la 5G. Ce nouveau réseau jouera alors sans doute le rôle d’accélérateur qu’on lui promet. Le cloud gaming gagnera en crédibilité, même en déplacement puisque quelques-uns de ces travers actuels seront corrigés en situation de mobilité notamment.

Smartphones, tablettes, PC portables, xCloud veut faire tourner des jeux Xbox sur tous les écrans. 01net.com - P.F.

Alors qu’on regardait un groupe de Covenants s’envoler à cause de l’explosion d’une grenade, nous avons demandé à Bill Stillwell comment il concevait son service. Comme une extension de la Xbox ou un futur remplaçant ? « Actuellement et pour quelques longues années encore, xCloud est une offre complémentaire à la Xbox. C’est un moyen de rester connecté aux jeux qu’on aime quand on se déplace et qu’on ne peut emporter sa console. », a-t-il répondu.

Et c’était comme si Bill Stillwell lisait dans nos pensées. Notre rapide expérience avec xCloud était très satisfaisante. La qualité d’affichage était très bonne. Les quelques petits bugs apparus n’ont fait en définitive que souligner que le service s’en sortait plutôt bien dans un environnement dont on ne sait pas s’il était favorable ou défavorable.

Mais cette prise en main nous a également permis de comprendre que, quand le service sera disponible, la Xbox aura encore toute sa place et que tous les jeux Xbox ne seront pas égaux. Il faudra apprendre alors quel type de jeu tolère un petit écran. Quel autre a besoin d’être systématiquement joué sur un téléviseur ou un écran de portable. Enfin quels jeux ne devront pas être joués du tout de la sorte, si cela doit être le cas... De nouveaux critères personnels, établis au fil de l’expérience, qui viendront compliquer la tâche de celui qui voudra savoir si un service de cloud gaming est performant, recommandable ou à déconseiller.

Mais rien ne presse, Microsoft veut peaufiner son projet. Une bêta fermée de xCloud sera disponible à partir d’octobre prochain dans certaines régions du globe, dont la France... On peut l’espérer même si Bill Stillwell n’a pas voulu nous l’affirmer. Ensuite, nous aurons le plaisir d’ajouter ce service à la liste de plus en plus longue des offres dans le Cloud (musique, vidéo, presse, jeux vidéo) à laquelle nous souhaitons souscrire…