Jacques Cheminade veut faire interdire les jeux vidéo violents

Le candidat à la présidentielle a formulé cette proposition, déjà présente dans son programme de 2012, afin d'éviter que des joueurs soit "inspirés" et passent à l'acte dans la vraie vie.
JOEL SAGET / AFP

Une fois de plus, le lien, jamais avéré, entre les jeux vidéo et la violence, a été établi par un homme politique. Cette fois-ci, c'est Jacques Cheminade qui s'en est chargé. Le candidat à la présidentielle, déjà dans la course en 2012, était l'invité de la matinale de RMC le 20 mars. Il a rappelé une proposition de son programme sur le sujet: l'interdiction des jeux vidéo violents.

"On s'est moqué moi quand je l'ai dit en 2012 et on a eu Mohamed Merah. Dans ces jeux ultra-violents, on écrase parfois des gens avec des camions, ça inspire les gens qui ont l'esprit tordu et désaxé".

Et la pscyhologie ?

Les enquêtes sur Mohammed Merah, auteur il y a cinq ans de deux attaques terroristes sur des militaires puis une école juive à Toulouse et Montauban (7 morts), ont en effet montré qu'il jouait à des jeux vidéo violents. Quant au fait d'écraser des gens avec un camion, référence à l'attaque terroriste du 14 juillet 2016 à Nice (86 morts), c'est bel et bien possible dans certains jeux vidéo, comme GTA.

Mais Jacques Cheminade, comme les autres critiques des jeux vidéo violents, emploient systématiquement la même méthode pour étayer leur point de vue. Ils égrènent les exemples de terroristes et tueurs de masse qui jouaient à des jeux vidéo violents. Cet article du Point de 2012, croît par exemple prouver que les jeux vidéos créent "une dépendance grandissante à la violence" en rappelant simplement que Merah, Breivik (tuerie d'Utoya), et un adolescent de 16 ans qui a tué sa famille au fusil, jouaient tous à des jeux vidéo violents. Ce faisant, on oublie les troubles psychologiques et sociaux dont souffrent souvent ces individus, et qui constituent certainement une meilleure explication de leur passage à l'acte.

Jeux vidéo et violence, un lien jamais prouvé

Mais surtout, et cela mérite d'être rappelé, le lien entre jeux vidéo et violence dans le monde réel, objet de nombreuses études scientifiques, n'a jamais été prouvé. Ce lien paraît d'autant plus incongru aux défenseurs des jeux vidéos, qui rappellent que des millions de personnes jouent à des jeux vidéo violents, sans jamais passer à l'acte. Jacques Cheminade en est peut-être conscient, puisqu’il estime que les jeux vidéos inspirent "les gens qui ont l'esprit tordu et désaxé", pas les joueurs lambda. Malgré cela, il propose d'interdire tout une catégorie de jeux vidéo parce qu’une infime minorité de joueurs pourraient s'en "inspirer". Par ailleurs, ceux qui voudraient se procurer des jeux vidéos violents interdits en France y arriveront facilement via le téléchargement illégal.

Ces débats sur les jeux vidéos reviennent fréquemment après un attentat ou une tuerie de masse dont l'un des auteurs jouait aux jeux vidéo. Mais comme le relève Le Monde, la réaction a été beaucoup plus mesurée après l'attaque au fusil à pompe d'un lycée de Grasse le 16 mars (14 blessés), les médias se bornant à rapporter l'intérêt du suspect pour les jeux vidéo, au même titre que d'autres passe-temps. On prend conscience du chemin parcouru à la lecture de cet article du Figaro de 1993, déterré par Le Monde, et qui voyait dans Super Mario - un jeu vidéo dans un univers fictif plutôt innocent -  l'explication de la prise d'otages de Neuilly. 

"Comme dans Super Mario 2, l’acteur se protège dans son parcours par des 'vies' – celles des enfants – des 'superpouvoirs' – ceux procurés par ses explosifs – et cherche à gagner des pièces d’or".

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