La fin d'un tabou : l’armée américaine souhaite utiliser des robots tueurs

Un cadre de l’US Army réfléchit à l’utilisation d’armes automatiques pour répliquer plus rapidement à des tirs ennemis. Il craint que les Etats-Unis se fassent dépasser technologiquement s’ils n’investissent pas dans ce domaine.
Le robot humanoïde Atlas
Boston Dynamics

C'est une première. Le secrétaire adjoint de l’armée américaine, responsable des acquisitions, de la logistique et de la technologie Bruce Jette (ASAALT) a déclaré lors d’une conférence à Washington qu’il fallait réfléchir à l’utilisation de systèmes d’armes létaux autonomes (SALA), ces robots capables de sélectionner une cible et de prendre seuls la décision de l'abattre. Une information révélée par le site Military.com. La justification américaine est plutôt tordue : il s'agirait de répliquer en cas d’attaque ennemie.

« Imaginons que vous tiriez sur moi et que je puisse neutraliser ces balles, mais que j'aie besoin de l'assentiment d'un supérieur, à chaque fois, pour répliquer », a déclaré Bruce Jette. « Il n'y aurait alors pas assez d'hommes  dans la boucle pour réagir assez vite. » Le recours aux robots tueurs permettrait donc d'agir plus rapidement.

Une bataille internationale

Selon lui, ceux qui militent pour l'interdiction de ces systèmes font courir le risque aux Etats-Unis de se priver des bénéfices des progrès en matière d’intelligence artificielle et rendent le pays vulnérable face à des Etats moins scrupuleux, sous-entendu la Chine ou la Russie. « Permettre à l'intelligence artificielle de contrôler certains systèmes d'armes peut être le seul moyen de vaincre les armes de l'ennemi », a ajouté Bruce Jette.

Les armées américaines, britanniques ou encore israéliennes expérimenteraient déjà depuis plusieurs années ces systèmes d’armes létaux autonomes. Si la Convention de Genève sur les armes n’autorise toujours pas officiellement et légalement à s’en servir, le sujet est en discussions et pourrait aboutir à leur régulation. Pour éviter cette issue, de nombreuses associations de défense des droits de l’homme et des scientifiques militent pour l’interdiction totale des robots tueurs. A l’ONU, une tentative pour les bannir a échoué au mois de septembre dernier à cause de l’intervention des Etats-Unis et de la Russie. Pour le moment, la position de la France est de s’assurer que l’homme soit toujours le décisionnaire final d’une mise à mort.