"13 Reasons Why" - Suicide, dépression, mal-être adolescent: pourquoi cette série est un phénomène de société

La série phénomène, produite par la chanteuse américaine Selena Gomez, relate le parcours et la mort d'une adolescente, poussée au suicide après une suite d'événements douloureux au sein de son lycée. L'histoire d'Hannah Baker, entre harcèlement scolaire et quête d'identité, a généré un véritable séisme sur la toile.
Capture d'écran Netflix

13 reasons why, la série événement de Netflix, a généré un torrent de réactions après la mise en ligne de l'intégralité de la saison sur la plateforme de streaming. Le pitch: une jeune lycéenne, Hannah Baker, met un terme à sa vie. Avant de passer à l'acte, elle enregistre sept cassettes adressées à chacune des treize personnes responsables de cette situation suicidaire.

L'engouement manifeste de la série n'est pas étranger au fait que Selena Gomez, l'une des chanteuses américaines les plus populaires auprès des adolescentes, soit la productrice de la série adaptée d'un roman du même nom. Mais ce n'est pas l'unique raison. A travers les thèmes abordés, le déroulement de l'intrigue construite en flash-backs lève le voile sur les difficiles problématiques du harcèlement scolaire, de la dépression adolescente, du viol et du suicide. 

Une communauté de fans très active

En très peu de temps, les épisodes ont généré un flux impressionnant de réactions sur les réseaux sociaux et de requêtes sur les moteurs de recherche. D'après Le Monde, pas moins de 8 millions de messages - et cela ne fait qu'augmenter - ont été publiés sur Twitter depuis le 30 mars, soit bien plus que les autres mastodontes de Netflix. La thématique du mal-être au sein du lycée, durant cette période charnière de passage à l'âge adulte, a provoqué un immense débat sur la toile entre les adolescents ayant vécu le harcèlement scolaire et ceux qui tournent en dérision les motivations de l'héroïne, jouée par Katherine Langford.

A travers un très grand nombre de publications sur le réseau social Tumblr, un site de microblogging très populaire auprès des adolescentes, les ressorts narratifs entre chaque épisode (chaque face d'une cassette) sont décortiqués, analysés et commentés à la lumière des expériences personnelles des internautes ayant souffert de manière similaire. Ceux-ci ont constitué une véritable base de fans et surtout, très actifs sur la toile au point de susciter un véritable débat sur les raisons qui ont poussé le personnage principal, Hannah Baker, à mettre un terme à sa vie.

Une scène de suicide particulièrement commentée

(attentions, spoilers)

L'une des critiques les plus récurrentes tient son origine dans la manière avec laquelle le suicide de l'adolescente a été porté à l'écran. Très crue, dans le détail, la scène n'omet aucun aspect de la démarche, avec un focus sur le moyen utilisé pour s'ôter la vie (une lame de rasoir), la symbolique du lieu (une baignoire qui se remplit et déborde) et la réaction déchirante des parents. D'aucuns ont crié à une forme d'esthétisation de la mort qui, en plus de "glorifier" le suicide comme seule échappatoire, serait susceptible de devenir un "modèle" auprès d'un public jeune et influençable. 

Enfin, comme toutes les séries à succès planétaire, les intrigues ont été accueillies par certains internautes avec beaucoup de dérision, au point de devenir des "memes", ces images humoristiques virales qui tournent en ridicule le ressort narratif systématique opéré par l'héroïne. Chaque épisode, consacré à un personne différent, démarre par la sentence "bienvenue sur ta cassette". Une rhétorique qui a beaucoup amusé certains twittos, qui se sont amusés à la détourner dans des situations absurdes. 

Entre prévention du suicide et vives inquiétudes

Si la série a visiblement permis de délier les langues sur un sujet lourd et tabou, mais pourtant récurrent au sein de la société américaine, elle a aussi permis à des adolescents en souffrance de se tourner vers des plateformes téléphoniques de prévention du suicide, notamment au Brésil, rapporte Le Monde. Pour autant, ce n'est pas sans susciter de vives inquiétudes. 

Dan Reidenberg, directeur exécutif de la Suicide awareness voices of Education, a tiré la sonnette d'alarme dans un entretien au Washington Post. "Il existe de très grandes préoccupations après de la communauté de prévention du suicide autour de cette série", a-t-il estimé. "Les jeunes ne sont pas doués pour séparer la fiction de la réalité et cela devient encore plus dure quand ils se battent contre leurs pensées."

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