Rencontre avec Hermann, l'auteur de "Jeremiah", la BD qui a inspiré "Mad Max"

Jeremiah par Hermann © Dupuis 2017
Le dessinateur belge, Grand Prix du Festival d'Angoulême, sort le tome 35 de sa série culte et expose ses planches à la Galerie Maghen à Paris.

Infatigable, le dessinateur belge Hermann, 79 ans, vient de sortir une nouvelle BD, six mois après avoir lancé la série de western Duke. Lauréat du Grand Prix du Festival d'Angoulême cette année, il poursuit avec la même fougue sa série culte Jeremiah, entamée en 1979. Cette saga post-apocalyptique, dont Pascal Légitimus est un grand fan et dont George Miller s'est inspiré pour Mad Max, en est à son 35ème tome. Et Hermann n'a pas prévu de s'arrêter pour le moment. 

Après quarante ans passées sur la série, il a trouvé une fois de plus comment surprendre ses lecteurs avec un nouvel album intitulé Kurdy Malloy et Mama Olga sorti début septembre. Il a eu l'idée d'éclairer le passé d'un des personnages cultes de la saga: Kurdy. C'est aussi une demande des fans, confirme-t-il: "Ça faisait un bout de temps que les gens me demandaient ce que faisait Kurdy avant de rencontrer Jeremiah".

"Le problème quand on a fait 34 albums sur le même thème, c'est qu'on a pris des habitudes. Ça risque de ronronner", poursuit le dessinateur. "Même s’il aime bien, le lectorat aime ce qui est neuf". Il sait d'ailleurs qu'il devra reprendre dans quelques semaines la suite de l'histoire: "la trouille consiste actuellement à voir ce que je vais faire par la suite avec la série", confesse-t-il. 

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Hermann / Galerie Maghen

"L’humanité était plus supportable il y a cinquante ans"

Tout a commencé en 1979. Il a trouvé le titre de la série en regardant un film avec Robert Redford, Jeremiah Johnson. "J’avais été subjugué par ce film", se souvient-il. Il s'en mord les doigts aujourd'hui: "Il ne faut pas être subjugué. C’est idiot, j’aurais dû utiliser un autre prénom, mais c’est trop tard".

L'idée de la série, quant à elle, lui vient d'un roman de René Barjavel, Ravage, où l'humanité apprend à renaître après un cataclysme. Si sa série démarre d'une manière identique, Hermann ne partage les idéaux de Barjavel. "La fin du bouquin ne me concerne absolument pas. Il rêve d’une espèce de prise de conscience, avec un retour à une société plus juste, moins sophistiquée, plus simple... Et bien, monsieur Barjavel, je crois que vous vous plantez", lance ce pessimiste. 

Un clin d’œil à Donald Trump

Selon Hermann, la violence revient toujours. "L’homme n’est pas conçu pour être quelqu’un de paix. Il a ses sentiments, ses violences, ses haines", dit-il, avant d'ajouter: "L’humanité était plus supportable il y a cinquante ans". C'est le sujet de Jeremiah, mais aussi de toute son oeuvre. Certains de ses détracteurs lui ont reproché ce pessimiste et la violence de ses histoires. Hermann n'édulcore rien. Il montre les personnages aux toilettes. Dans une célèbre scène de la série, un personnage abat un pédophile sans sommation: "Ceux qui disent qu'il faut comprendre l’être humain m'énerve. Je ne suis pas comme ça", lâche-t-il.

Hermann est avant tout un amoureux de la nature. En dessinant Jeremiah, il se laisse souvent emporter en dessinant les paysages et il oublie de représenter les traces des guerres nucléaires."Parfois j’oublie et je raconte l’histoire comme si elle se passait à notre époque", raconte-t-il. L'actualité n'est en effet très loin: dans le tome 35, un des antagonistes arbore un t-shirt Donald Trump. 

A l'occasion de la sortie du nouveau Jeremiah, Hermann fait l'objet d'une exposition-vente à la Galerie Maghen à Paris. "Il était temps que je sois plus présent sur le marché", justifie-t-il. Depuis l'annonce de son Grand Prix, ses planches sont recherchées et sa côté s'est envolée. Si Jeremiah se vend aujourd'hui un peu moins bien qu'avant, ses autres séries, conçues avec son fils Yves H., rencontrent un beau succès. A 79 ans, l'avenir de Hermann est radieux.

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