La BD de la semaine: Terreur Graphique commente "Ces Gens-là"

© Dargaud Terreur Graphique 2017

LA BD DE LA SEMAINE - Le dessinateur, chroniqueur dans Libération, a sorti deux livres, qu’il commente pour SFR News.

Double actualité pour Terreur Graphique: le dessinateur, qui officie tous les week-ends dans Libération, publie Ces Gens-là, recueil d’observations sur les absurdités de notre société, et une histoire de la communication politique cosignée avec l’historien Christian Delporte. Alors qu’il prépare une nouvelle série mêlant théorie de la conspiration et sport de combat, SFR News l’a rencontré fin janvier lors du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême pour évoquer sa double actualité.

© Dargaud Terreur Graphique 2017

"Les yeux, c’est tout naze à dessiner"

"Je fais de la BD assez statique, même si les gens marchent ; c’est beaucoup de parlotes, ma BD. Je ne fais pas de décors. Les postures, les gestes suffisent. Un décor surchargerait la planche. Les personnages se tortillent beaucoup parce que je suis moi-même très grand et je ne sais jamais quoi faire de mes bras. J’imagine qu’il doit y avoir un transfert dans le dessin. Quand je dessine, je me tortille aussi. La plupart de mes personnages ont des lunettes parce que les yeux, c’est tout naze à dessiner (rires). C’est peut-être un hommage à une BD de Clarke et Midam, Durant les travaux, l'exposition continue, dont le sous-titre est Histoires à lunettes."

© Dargaud Terreur Graphique 2017

Pas de cynisme

"Ces Gens-là s’inspire de l’actualité froide. J’espère que l’on pourra le lire dans cinq-six ans sans se demander de quoi je parle. C’est un travail dans la lignée de Claire Bretécher (Les Frustrés), de Gérard Lauzier (Tranches de vie) et de la BD d’actualité du magazine Pilote des années 1970. Quand j’ai commencé à être publié sur le site de Libé, mes dessins ressemblaient aussi beaucoup à du Sempé. Ce que j’aime bien, comme disait Gébé dans L’An 01, c’est faire un pas de côté pour regarder le monde et la vie. Ce que je refuse avec Ces Gens-là, c’est le cynisme. C’est ce qui pourrit notre société. Sur internet, les gens qui écrivent des commentaires, c’est ça. Moi, je n’ai pas envie d’être cynique. J’ai envie d’être cruel, parce que le monde est cruel, mais pas cynique."

© Dargaud Terreur Graphique 2017

Une série conçue dans l’urgence 


"Il n’y a pas de cases parce que je n’aime pas tracer des traits (rires). Il n’y a ni décor ni case, juste des personnages qui discutent. Cette série était au départ conçue à l’instinct. Chaque planche était faite en moins d’une heure, entre six et sept heures du matin chaque jour, c’était mon urgence, c’était ma contrainte. Le reste de la journée, je travaillais sur d’autres albums, sur des histoires pour Fluide Glacial. Maintenant, avec la publication dans Libération chaque samedi, ça a changé. Je m’applique tout le temps. Je travaille aussi avec de l’aquarelle, parce que j’en avais assez de l’ordinateur. J’ai retrouvé une vieille boîte d’aquarelle dans mes affaires et j’ai essayé. Je trouve un apaisement à l’aquarelle. Ce que je fais est assez rudimentaire, je ne suis pas Marie Laurencin! Ces gens-là parle de l’humain, il fallait que ça se ressente aussi dans le dessin."

© Dargaud Terreur Graphique 2017

L’espoir

"C’est ma fille et mon chien. J’ai dessiné cette planche au moment où Trump a remporté l’élection… J’étais complètement désabusé. Je le suis toujours. Je me pose toujours cette question hyper classique: savoir quel monde on laisse à ses enfants, ou aux enfants des autres, si on n’en a pas. J’ai du mal à avoir de l’espoir en ce moment. Le dessin m’apporte du réconfort, mais pas de l’espoir. L’espoir vient des gens, qui décident de voter d’une façon, ou de se rebeller. L’inverse de ce qui se passe actuellement.

Je commence d’abord par le dessin, puis je place mon texte. Comme ça, j’ai toutes les situations à l’avance. Je trouve le texte en dessinant. J’attache une grande importance au texte. J’ai appris de Claire Bretécher qu’il faut s’inventer un langage, comme elle a su faire dans Agrippine. J’aime mélanger des mots de différentes époques pour créer du rythme, de la musicalité. Cette planche n’est pas le meilleur exemple, mais il y a des expressions qui reviennent beaucoup, comme 't’as vu?', 'zsé' ou des expressions de vieux pêcheurs du Loir-et-Cher."

© Dargaud Terreur Graphique 2017

La Communication politique

"C’est une commande. Quand j’ai reçu le scénario, écrit par l’historien Christian Delporte, j’ai dit que j’allais mettre des blagues partout. C’était brillant, mais ce n’était pas drôle. J’ai fait quelques pages, je les lui ai envoyées. Il a rit et il a validé. Le livre parle de l’histoire de la communication politique, de son invention aux Etats-Unis dans les années 40-50 à maintenant. On a été un peu pris de court par Trump, évidemment, mais il y a une ou deux pages où il est évoqué bien que ça ne rentre pas tout à fait dans le sujet: il faudrait faire une BD sur le populisme, on y mettrait Trump et Mélenchon (rires). J’ai bien aimé travaillé sur ce projet, mais c’était speed: j’ai dû tout faire en quatre mois."

Ces Gens-là, Terreur Graphique, Dargaud, 96 pages, 15,99 euros.

La Communication politique, Terreur Graphique (dessin), Christian Delporte (scénario), Le Lombard, La petite bédéthèque des savoirs, 72 pages, 10 euros.

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