EN IMAGES - A Haïti, les zombies existent réellement

Le Lombard 2017

A Haïti, il existe trois types de zombis explique Philippe Charlier et Richard Guérineau dans Les Zombies. La vie au-delà de la mort: "celui qui a été empoisonné", "celui qui a des troubles psychiatriques et vit un délire mystique de retour d'entre les morts", et "le zombi usurpateur".

La Nuit des Morts-Vivants, The Walking Dead, World War Z... Grâce à l'entertainment anglo-saxon, les zombies sont devenus une pierre angulaire de notre culture. Comme souvent à Hollywood, les zombies ont été importés. C'est en occupant Haïti que les Américains ont découvert les légendes entourant ces morts-vivants. Une bande dessinée, Les Zombies. La vie au-delà de la mort de Philippe Charlier et Richard Guérineau, retrace cette histoire. Et explique que les zombies existent réellement. 

Au cinéma ou dans les romans, les zombies naissent souvent d'un virus qui a contaminé la planète entière. Le zombie symbolise à la fois l'individu perdu dans la société de consommation et nos angoisses les plus profondes. A Haiti, explique cependant Philippe Charlier et Richard Guérineau, ces créatures morts-vivantes sont nommées zombis (sans e). Elles ne sont pas des métaphores, mais "une réalité très ancrée dans des croyances locales".

Ils prennent l'exemple d'un certain Clairvius Narcisse, déclaré mort et enterré par sa famille en 1962, mais retrouvé par hasard par sa sœur dix-huit ans plus tard, en 1980. Pendant de longues années, l'homme a en réalité travaillé comme esclave dans une plantation après avoir été empoisonné et enterré. Ayant retrouvé son identité, il a connu une fin de vie plus heureuse, avant de s'éteindre en 1994. 

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Zombification

Philippe Charlier et Richard Guérineau distinguent trois types de zombis: "celui qui a été empoisonné", "celui qui a des troubles psychiatriques et vit un délire mystique de retour d'entre les morts", et "le zombi usurpateur". Les zombis empoisonnés ont en réalité été contaminées par un puissant neurotoxique, la tétrodotoxine: 

"C'est une drogue qui ralentit le métabolisme", expliquent les auteurs. "Le cœur se met à battre plus lentement, la respiration diminue, les muscles se paralysent. Mais la conscience reste intacte. A faible dose, on ne ressent qu'une sort de pétillement sur les lèvres... A forte dose, on meurt. Il ne faut pas se tromper de quantité..."

Pour favoriser l'absorption du poison par la peau, le sorcier vaudou ajoute des ingrédients comme la bave de crapaud ou le venin de vipère. Le poison est ensuite appliqué "là où la victime pourra facilement se contaminer": sur les accoudoirs d'un fauteuil, dans les chaussures, sur le sol... Six à huit heures plus tard, la personne est en état de mort apparente. Elle ne respire plus, mais est inconsciente. 

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"Puisqu'ils ont été déclarés mort, comment les faire exister à nouveau?"

Une fois l'enterrement réalisé, les individus qui ont commandité la zombification viennent déterrer le mort. "Ils le mettent la tête en bas et le flagellent avec des lianes, pour faire réaffluer le sang au cerveau et rompre les crampes musculaires", poursuivent les auteurs. "Ils lui font boire un antidote, lui attribuent un nouveau nom et l'enferment aussitôt dans une sorte de sac en jute". C'est ce qui est arrivé à Clairvius Narcisse.

Conduit à l'autre bout de l'île, où il ne connaît personne, le mort-vivant travaille alors dans des champs de canne à sucre ou dans des usines. Maintenu dans un état de hébétement, il peut vivre ainsi pendant des années, jusqu'au jour où il croise sur son chemin un membre de sa famille. Si cela se produit, la réintégration se fait assez difficilement: comment faire exister à nouveau une personne déclarée?, se demandent les auteurs. 

Selon eux, un "certificat de ressuscitation" est "impossible légalement". Reste alors la possibilité de l'adoption. "C'est, pour l'instant, la solution la plus simple", concluent-ils. 

Les Zombies. La vie au-delà de la mort, Philippe Charlier (scénario) et Richard Guérineau (dessin), Le Lombard, collection "La Petite bédéthèque des savoirs", 72 pages, 10 euros.

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