Dans la nouvelle BD de Zep, les arbres préparent l'apocalypse

Rue de Sèvres

Presque un an après son dernier Titeuf, Zep revient avec une nouvelle BD, The End. Réalisée dans un style réaliste, celle-ci aborde le thème de l'écologie et de la fin du monde.

Zep, le créateur de Titeuf, propose chez Rue de Sèvres The End, thriller botanique où la nature reprend ses droits sur les individus. S’inspirant des travaux du botaniste Francis Hallé et de la mystérieuse disparition des koudous de Limpopo, des antilopes d’Afrique du Sud, le dessinateur a tricoté une intrigue post-apocalyptique où il a pu donner libre cours à son amour du dessin d’après nature, qu’il pratique depuis une dizaine d’années.

Contrairement aux gags de Titeuf, dessinés dans un style humoristique, The End est réalisé dans un trait réaliste. Pour Zep, il s’agit cependant du même dessin: "Les gens me disent que je dessine complètement différemment, mais pour moi, ce n’est pas le cas. C’est juste que je dessine autre chose. C’est toujours mon trait. J’ai changé d’outil, mais il y a des choses qui reviennent. C’est la même main".

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"Le silence, en BD, c’est compliqué"

Pour ce nouvel album, Zep a utilisé un crayon à papier: "Pour ne pas retomber dans mon vocabulaire humoristique, ça m’aide de changer de format et d’outils", dit-il. "Je dessine donc sur de très grands formats et à la mine de plomb". Dans The End, Zep situe plusieurs séquences dans un futur post-apocalyptique et joue avec le silence - ce qu’il n’a pas souvent l’occasion de faire dans la cour de récré de Titeuf. "Le silence, en BD, c’est compliqué", prévient le Grand Prix du festival d’Angoulême: 

"S’il n’y a pas de texte, on sait que les gens qui lisent beaucoup de BD vont se promener dans les cases et que ceux qui n’en ont pas l’habitude vont tourner les pages. C’est effrayant: ils ne s’offrent pas le temps. On essaie alors de contrebalancer en ajoutant beaucoup de détails. On n’a pas envie de mettre des pavés de textes qui paraphrasent ce qu’il se passe, car l’émotion est beaucoup plus belle si on le dit pas avec des mots, mais avec le dessin".

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"The Walking Dead" selon Zep

Dans ces scènes silencieuses, le personnage principal erre dans un monde désert, où les individus sont morts. Le silence était donc nécessaire: 

"Il est stupéfait. Il n’a rien à penser. Tout s’est effondré autour de lui. Il est dans un monde où il est seul. D’une certaine manière, ça ne sert même plus de se construire une pensée, puisqu’on se construit une pensée dans l’idée que l’on va interagir avec d’autres humains. Il pense vraiment qu’il n’y a plus personne sur Terre. Il avance comme un funambule. Il suit un mouvement sans savoir pourquoi il fait ça". Zep, qui adorait dessiner, il y a dix ans, des doubles pages avec une foule de personnages, préfère désormais "être dans des pages plus zen, des grandes pages avec personne". 

Le lecteur est aussi stupéfait que le personnage en découvrant les superbes doubles pages de Zep, qui représentent des paysages et des villes déserts. Du jamais vu chez l’auteur de Titeuf, qui reconnaît l’influence sur son travail de la planche où il confronte son personnage au drame des migrants et à la guerre. Pour la première fois de sa carrière, Zep a dû dessiner des squelettes. L'exercice lui a plu: "Je ne suis pas un fan de trucs morbides, mais j'ai toujours aimé l’idée de l’érosion. J’adore dessiner les bâtiments rongés par la végétation, qui commencent à se casser. Je trouve fascinant de voir comment les constructions humaines sont façonnées par la nature".

Il ajoute: "Dans The End, j’ai dû dessiner des cadavres. Autant les cadavres de gens allongés sur le sol m’intéressent moyennement, autant je trouve la décomposition assez fascinante. Je n’avais pas envie d’en faire quelque chose d’effrayant. Suivant ce qu’on a bouffé, on va avoir une fleur qui nous sortira du ventre. La décomposition humaine est favorable à faire pousser la nature". En voyant ces scènes, ses enfants étaient fous de joie: ils pensaient que Zep dessinait ... The Walking Dead

The End, Zep (scénario, dessin et couleur), Rue de Sèvres, 88 p., 19 euros. Disponible dès le 25 avril. 

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