Tout le monde debout: quand les humoristes deviennent réalisateurs

Franck Dubosc n'est pas le premier humoriste à passer derrière la caméra. Avant lui, plusieurs de ses pairs ont tenté de franchir le pas. Certains ont réussi, d'autres ont préféré passer à d'autres projets. 
Franck Dubosc
Franck Dubosc sur le tournage de Tout le monde debout. Copyright Gaumont Distribution

"Je n'étais pas sûr de pouvoir l'achever". Réaliser son premier long-métrage, même lorsqu'on est un célèbre humoriste, peut s'avérer complexe. Dans Le Figaro, Franck Dubosc, dont la première réalisation Tout le monde debout, sort ce mercredi 14 mars, partage ses doutes: "J'avais pensé solliciter une femme pour m'aider à l'écrire, mais j'ai réussi à le finir seul".

Les raisons de son hésitation sont difficiles à comprendre. Ne joue-t-il pas comme à son habitude un séducteur qui a peur de vieillir et se laisse prendre au jeu de l'amour et du hasard?

Longtemps sollicité pour passer derrière la caméra, Franck Dubosc a toujours refusé. Il a déjà écrit des films (Camping, Disco) et mis en scène des spectacles, mais il a préféré attendre le bon sujet pour le cinéma. C'est avec une comédie, inspirée en partie par le handicap dont souffre sa mère, qu'il s'est décidé à passer derrière la caméra. Il raconte l'histoire d'amour entre un Don Juan menteur pathologique et une violoniste handicapée, jouée par Alexandra Lamy.

Franck Dubosc voulait rétablir les torts que lui-même a causé: "Je voulais parler de la différence. Moi-même, j'ai détourné le regard de femmes handicapées", confesse-t-il au Figaro. Malgré la sortie du film, Dubosc ne se "considère pas encore comme un réalisateur, mais comme celui de Tout le monde debout. Il faut rester humble", dit-il dans le dossier de presse.

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Coco de Gad Elmaleh, "un film cucul"

Humilité ou réalisme? Combien d'humoristes passés derrière la caméra ont jeté l'éponge et n'y sont jamais retournés? Les raisons sont multiples, bien sûr, entre la difficulté de monter un film et de celle de s'imposer au box-office dans un contexte de surproduction. Il est aussi loin le temps où les stars de la comédie écrivaient et réalisaient leurs propres films. C'est ainsi que Charlie Chaplin, Jacques Tati et Jerry Lewis ont signé de véritables chefs d'œuvres (Le Dictateur, Mon oncle, Le Dingue du Palace). 

Depuis, cette tendance a un peu disparu. Elle a subsisté un temps par l'entremise de Pierre Richard dans les années 1970, puis de Gérard Jugnot dans les années 1980 et 1990 et maintenant de Valérie Lemercier et d'Emmanuel Mouret. Les humoristes ont eu également tendance à s'attacher à des auteurs. Lino Ventura allait chez Michel Audiard, Coluche chez Claude Zidi ou Claude Berri et Christian Clavier chez Jean-Marie Poiré. De nos jours, Franck Dubosc se tourner vers Fabien Onteniente.

Les humoristes contemporains voguent de cinéaste en cinéaste. Et réalisent un film quand ils en ont l'occasion, avant de passer à d'autres projets. Ce fut le cas de Gad Elmaleh. En 2009, il a séduit 3 millions de spectateurs avec Coco, adaptation cinématographique de son célèbre sketch. Les critiques étaient pour ainsi dire mitigées: "Gad Elmaleh a imaginé son film en comédie culte, mais n'a obtenu qu'un film cucul", écrivait 20 minutes. Depuis, l'humoriste est passé à d'autres projets. Il a conquis l'Amérique avec son stand-up et scénarise des BD

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Le cas de Dany Boon et de Philippe Lacheau

Il y aussi le cas d'humoristes à qui la réalisation a donné des ailes. C'est le cas d'Olivier Baroux, l'heureux papa de la saga à succès Les Tuche, qui a réduit ses apparitions à l'écran pour réaliser neuf films en moins de dix ans. Il y a aussi l'ex-Robin des Bois Pierre-François Martin-Laval, devenu le réalisateur à succès des Profs 1 et 2. Il sort en avril une adaptation très attendue de Gaston Lagaffe.

Dans cette catégorie des humoristes devenus des réalisateurs vedettes, les champions sont Alain Chabat, dont chaque film est un événement cinématographique depuis Didier ; Philippe Lacheau, dont chaque film fait au minimum deux millions d'entrées depuis Babysitting, et Dany Boon, king du box-office français depuis dix ans et récipiendaire du premier César du public

Le cas de Dany Boon et la "bande à Fifi" est assez unique. Eric Judor, moitié du duo Eric et Ramzy, a signé sans grand succès commercial trois comédies dont l'origine détonne pourtant dans le paysage du cinéma français: Seuls Two, La Tour de contrôle infernale, Problemos. Son compère Ramzy est encore plus mal loti que lui: son premier long, Hibou, a séduit à peine 8.882 spectateurs en juillet 2016.

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Attention au revirement

Autre cas de figure: après le succès d'un premier long, le revirement peut être brutal. Si Les Garçons et Guillaume, à table! a été une réussite pour son auteur Guillaume Gallienne (3,2 millions d'entrées, cinq Césars), son second film, Maryline, a été un échec cuisant à l'automne dernier (148.900 entrées). 

L'échec peut stopper ou ralentir des carrières, malgré le talent ou la popularité des interprètes. Isabelle Nanty n'a pas réalisé de film depuis Le Bison (et sa voisine Dorine) en 2003. Même chose pour Chantal Lauby, réalisatrice la même année de Laisse tes mains sur mes hanches. Hormis Les Trois frères le retour en 2014 (co-réalisé avec Bourdon et Campan), Pascal Légitimus n'a pas mis en scène de films depuis Antilles sur Seine en 2000. Autant de films disparus de la mémoire collective. 

Il y a ceux qui néanmoins s'accrochent. Après les semi-succès de Fatal (2010) et de Vive la France (2013), Michaël Youn repassera derrière la caméra avec Rendez-vous chez les Malawa (sortie en 2019). Maurice Barthélemy a signé en 2017 Les Ex, quatre ans après le flop de Pas très normales activités.

Tout n'est pas perdu. D'autant que le silence peut signifier une bonne nouvelle. On était sans nouvelle de Kheiron depuis sa nomination au César pour sa comédie autobiographique Nous trois ou rienIl sortira en novembre prochain son deuxième film, Mauvaises herbes, avec Catherine Deneuve et André Dussolier. Avec ce beau casting, il devrait pouvoir confirmer l'essai.

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