Ghostland va-t-il bénéficier d'un "effet Mylène Farmer"? 

Avec une star de l'envergure de Mylène Farmer au générique, le film d'horreur de Pascal Laugier investit les salles avec un atout certain. De quoi suffire à lui assurer un bel avenir dans les salles obscures? 
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Mylène Farme dans "Ghostland", en salles le 14 mars 2018 Mars Film

"C'est un film qui a une forme, certes, mais qui a surtout un fond, un propos, qui est intelligent et remarquablement filmé". Mylène Farmer n'a pas caché son enthousiasme, dimanche, sur le plateau du 20 heures de TF1. La star de la chanson est en pleine promotion de Ghostland, film d'horreur signé Pascal Laugier, en salles ce mercredi 14 mars. 

Le réalisateur de Saint Ange et de Martyrs, connu pour son cinéma perturbant et parfois polémique (Martyrs a frôlé l'interdiction aux mineurs), revient avec un conte horrifique sur une famille traumatisée confrontée à d'étranges événements. Un film dont la bande-annonce promet de beaux frissons, déjà nimbé de premières critiques positives sur la Toile et d'une reconnaissance non négligeable: Ghostland a remporté trois prix au dernier festival de Gérardmer. La recette d'un succès programmé? 

Plus qu'une simple star

Une célébrité en tête d'affiche, quel que soit le film, est toujours un avantage. Mais lorsqu'il s'agit de Mylène Farmer, c'est un exploit. Ultra rare et très peu médiatisée, celle qui cultive le mystère autour de sa personne depuis ses débuts n'est apparue que dans un seul long-métrage, il y a 24 ans (Giorgino, 1994).

Il aura donc fallu Pascal Laugier pour que la star se laisse tenter. Après une première collaboration sur le clip de City of Love, Mylène Farmer a souhaité de nouveau travailler avec celui qu'elle qualifie de "putain de réalisateur": comme elle l'a raconté sur TF1, c'est elle qui lui a envoyé un SMS pour lui demander s'il n'aurait pas "un rôle de folle" à lui proposer.

C'est finalement un rôle à contre-emploi qu'il lui offrira: celui d'une mère de famille célibataire, qui vit recluse à la campagne. Un personnage à mille lieues de l'image énigmatique de la chanteuse, mais placé dans un univers qui ne déroutera pas les fans. L'esthétique gothique et angoissante du film, peuplé de poupées de porcelaines est proche de ce que la star a elle-même exploré dans certains de ses clips les plus célèbres à l'univers inquiétant, signés Laurent Boutonnat.

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Les fans au rendez-vous... à l'avant-première

S'il est trop tôt pour assurer que le grand public se ruera dans les salles obscures, une frange de la population répondra sans aucun doute à l'appel: les fans de Mylène Farmer. Dimanche en fin de journée, ils étaient déjà une quarantaine à se presser devant le cinéma parisien le Grand Rex afin d'assister au tapis rouge... 24 heures plus tard. Venus de toute la France, ils espéraient apercevoir la star, comme le rapportait le Parisien: "Mylène est réservée et ce n’est pas certain qu’elle nous parle mais rien que de la voir de très près, ce sera magique", confiait l'un d'entre eux au quotidien.

Selon le Grand Rex contacté par BFMTV.com, les billets, mis en ligne le 20 janvier, se sont écoulés en deux minutes. Un engouement pas nécessairement hors-norme pour le cinéma, mais néanmoins conséquent: "Ça n'arrive pas tous les jours quand même", nous affirme-t-on, en comparant ce succès à celui de l'avant-première de Dunkerque, de Christopher Nolan, l'an passé. 

Et le soir de la projection, c'est une foule de fans qui a accueilli la chanteuse à son arrivée sur le tapis rouge pour lui offrir des fleurs, l'implorant parfois de leur accorder "un regard". Dans la salle, une standing ovation attendait l'interprète de Sans contrefaçon. Jusqu'à presque occulter le film projeté. 

La sortie de Ghostland tombe par ailleurs à pic dans le calendrier de Mylène Farmer. Trois ans après l'album Interstellaires, la chanteuse prépare un nouvel opus, prévu pour l'automne. Un premier single, Rolling Stone, a déjà été dévoilé. De quoi assurer un enthousiasme encore plus vivace autour de la chanteuse et, par ricochet, de sa présence sur grand écran. 

Un bad buzz reste un buzz

S'il bénéficie de critiques élogieuses et d'une star au casting, le film a aussi fait beaucoup parler de lui à cause d'un accident de tournage au parfum de scandale. Le 6 mars, une semaine avant la sortie française, la presse américaine annonçait que l'actrice Taylor Hickson attaquait la production.

Sévèrement blessée au visage lors du tournage, celle qui interprète l'une des filles du personnage de Mylène Farmer estime que toutes les mesures de sécurité n'avaient pas été mises en place pour sa dernière scène. Après 70 points de suture et de la chirurgie réparatrice, la jeune femme de 20 ans garde encore une cicatrice au visage. Une blessure qui fait étrangement écho à l'affiche du film et qui donne, malgré elle, une couverture supplémentaire au long-métrage. 

"Ghostland", de Pascal Laugier Mars film

S'il se doit d'observer le silence pendant la procédure, Pascal Laugier a malgré tout confié à 20 minutes qu'il porte à la jeune actrice un "soutien humain" "inconditionnel", s'indignant de voir que "des gens qui ne connaissent strictement rien à l’affaire se permettent de l’accuser de chercher à créer un buzz contre le film ou nous soupçonnent de nous servir cet incident pour promouvoir Ghostland."

Premier film, premier bide

Malgré de nombreux signes positifs, le film doit encore faire ses preuves. Les premières réactions qui parcourent Twitter sont positives, tout comme les critiques des journalistes. Télérama salue un "récit sophistiqué  qui suit brillamment la logique du cauchemar", tandis que Le Monde salue la "vision toute personnelle" de Pascal Laugier dont le film "renouvelle le genre du film d'horreur en cultivant le doute chez le spectateur".

La présence de Mylène Farmer reste cependant un atout pour le film, qui bénéficie de l'aura de la star en France, mais aussi d'une communication privilégiée  - comme le 20h de TF1. Son nom à l'affiche "va servir à amorcer le bouche à oreille" dès le premier jour, souligne également le journaliste Benoît Cachin, auteur de plusieurs livres sur la chanteuse dont Mylène Farmer: inspirations aux éditions E/P/A. "Le film va attirer un public qui n'y serait pas allé, si Mylène Farmer ne jouait pas dedans", analyse-t-il.

Il rappelle cependant que la présence de la chanteuse n'avait pas suffi à sauver Giorgino du bide qu'il a connu à sa sortie, en 1994 (60.111 entrées selon les chiffres de JP Box-office). Non seulement le film réalisé et coproduit par Laurent Boutonnat n'avait pas séduit les spectateurs, mais le rôle qu'y tenait Mylène Farmer - un rôle quasi mutique - avait beaucoup déçu les fans.

À noter également, l'interdiction de Ghostland aux moins de 16 ans. Une classification qui va "handicaper" le film de façon "certaine", selon Benoît Cachin. Malgré tout, le film attirera probablement plus de monde qu'il ne l'aurait fait sans le nom de Mylène Farmer au générique.