François Ozon nous parle de <em>Grâce à Dieu</em>, son film sur la pédophilie dans l'église: "Il fallait que le spectateur sache"

Interrogé par BFMTV, François Ozon raconte les coulisses de son film événement sur l'affaire Preynat. 
Grâce à Dieu
Grâce à Dieu Copyright Mars Films

Le prochain film de François Ozon, Grâce à Dieu, raconte la naissance de l'association de victimes "La Parole Libérée", fondée à Lyon en 2015 par d'anciens scouts abusés par un prêtre pédophile, Bernard Preynat. L'une des victimes, Alexandre Hezez-Dussot, est incarné à l'écran par l'acteur Melvil Poupaud.

Deux procédures judiciaires visent le film, censé sortir le 20 février. La première émane d’un des avocats du père Preynat, qui accuse le film de porter atteinte à la présomption d’innocence de son client et réclame donc son report. La seconde est de Régine Maire, ex-membre du diocèse de Lyon jugée récemment aux côtés du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d'agressions sexuelles. Elle souhaite que son nom soit enlevé du film.

Interrogé par BFMTV, François Ozon raconte avoir rencontré pendant 2 mois les victimes en vue de recueillir leurs témoignages. Une fois son scénario écrit, le texte a été relu par des avocats. Concernant le report qu'essaye d'obtenir la défense du prêtre Preynat, le réalisateur n'est pas inquiet: "On a confiance, parce que le film est sourcé. Il n'y a rien qui est révélé qui n’est pas déjà connu. Donc, non, il n'y a pas d’inquiétude."

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'La présomption d’innocence est tout de même très faible"

"En France, la liberté d’expression est un droit fondamental du droit français", ajoute-t-il. "Je ne vois pas comment un film qui peut avoir une utilité publique, qui parle d’un sujet qui touche tout le monde, [peut être] interdit." Il renchérit, s'indignant face au recours judiciaire du camp Preynat:

"On nous demande de reporter le film, mais à quand? Puisqu’il n’y a pas de date, ça peut être dans un an, l’année prochaine… La présomption d’innocence, elle est tout de même très faible aujourd’hui, puisqu’il vient d’y avoir un procès pour non-dénonciation des faits qu’a commis Bernard Preynat. Donc la justice considère qu’il a commis ces faits-là et moi je révèle la même chose. Tout ça ne tient pas vraiment debout."

Affiche de Grâce à Dieu
Affiche de Grâce à Dieu Mars Films

"Il fallait inscrire ce film dans une réalité"

François Ozon explique pourquoi il a choisi de garder les noms des protagonistes:

"Les noms sont sortis, ces personnes ont témoigné, ont donné des interviews", explique-t-il. "Et puis il fallait inscrire ce film dans une réalité. Il se trouve que cette histoire s’est passée dans plein de pays. On va présenter le film à Berlin, on se rend compte qu'il y a eu plein d’histoires du même ordre en Allemagne […] donc il fallait que le spectateur sache. Ça a existé, c’était entre 2014 et 2016 et voilà quelles sont les personnes qui ont participé à tout ça."

"Le film a une utilité"

Le réalisateur de Huit femmes ajoute: "Le film n’est pas raconté d’un point de vue judiciaire, il est sur l’aspect humain. Le fait divers, c’est que 5% du film, c’est le départ. Moi, ce qui m’intéresse, c’est vraiment les victimes et leur entourage." A l'approche de la sortie, Ozon découvre les première réactions: 

"Des gens vous remercient. Vous vous rendez compte que le film a une utilité, qu'il permet d’autres libérations de paroles. On est très heureux. On se dit qu'on n’a pas fait ce film pour rien, qu'il va servir. Toute la violence qui nous tombe dessus, toutes les pressions, ce n'est pas agréable, c’est certain, mais en même temps ce n’est rien par rapport à ce qu’ont vécu ces victimes. Je suis finalement assez serein, j’ai juste envie que le film sorte vite et que le public s’en empare."