Dragons 3: "Certains plans du film sont les plus complexes de l’histoire de Dreamworks"

Le producteur Brad Lewis et le réalisateur Dean DeBlois racontent les coulisses de leur nouvelle création, le troisième volet de la saga Dragons qui sort en salles ce mercredi 6 février.
Dragons 3
Dragons 3 Copyright Universal Pictures International France

Dragons 3 débarque en salles ce mercredi 6 février. Conclusion d’une aventure entamée avec la sortie du premier volet en 2010, cette série raconte l’histoire du jeune viking Harold et de son dragon Krokmou.

Lointainement inspirés du roman pour enfants de Cressida Cowell Comment dresser votre dragon, les trois longs métrages produits par le studio Dreamworks sont réalisés par le Canadien Dean DeBlois, qui avait précédemment imaginé Lilo & Stitch chez Disney. Rencontré au Festival d'animation d’Annecy en juin 2018, où le film avait été présenté en "work in progress", il raconte, accompagné de son producteur Brad Lewis, les coulisses de Dragons 3.

La barbe

Dean DeBlois: "Cette image a été créée spécialement pour la bande-annonce pour montrer la maturité de Harold et Krokmou. Si cette image n’est pas dans le film, cela ne veut pas dire que Harold n'apparaît pas avec une barbe dans le film. L’histoire joue avec les périodes temporelles, on alterne entre l’enfance de Harold et son âge adulte. La majorité de l’action se déroule un an après les événements de Dragons 2, quand Harold à 21 ans. Nous avons essayé plusieurs tailles de barbe et plusieurs couleurs. Harold a un gros visage et un gros nez et nous voulions nous assurer qu’il ne soit pas ridicule. Nous nous sommes inspirés d’acteurs barbus comme John Krasinski, Jake Gyllenhaal et Ewan McGregor. Des acteurs qui ont des traits du visages similaires à ceux de Harold."

Dragons 3
Dragons 3 Dreamworks

Furie Nocturne

Brad Lewis: "C’est le plan préféré de Dean. Quand vous grandissez, il y a toujours au cinéma ce magnifique personnage féminin qui captive le public. On s’est inspiré de deux choses pour la créer: c’est l’appel de la forêt, c’est un peu une créature sauvage, mais en même temps elle est très élégante, très féline et très forte. Ce qui est génial avec les dragons, c’est qu’ils ne peuvent pas parler. Comme elle est mystérieuse, le public doit se demander: est-elle gentille? est-elle une menace pour Krokmou? Le public doit être dans cette position, un peu comme lorsque votre fils vous présente sa petite amie pour la première fois. Simon Otto, le responsable de l’animation des personnages, s’est occupé du premier design de Furie Nocturne. Dès le début, Dean voulait qu’elle soit luminescente avec des tons bleus pour lui apporter de la complexité, car il est très difficile d’éclairer un personnage blanc. Randy Thom s’est chargé des bruits des dragons. Dans certains cas, il a même utilisé sa propre voix!"

Dean DeBlois: "Ce plan a été inspiré par un dessin d’un de nos storyboardeurs, qui est aussi animateur: Bolhem Bouchiba. C'est l’un des meilleurs dessinateurs au monde. Il s’est chargé du storyboard sur cette scène. J’adore la manière dont il révèle Furie Nocturne dans les bois. Il a vraiment apporté une dimension magique à la scène. Il est en effet difficile d’animer un personnage blanc car on peut rapidement avoir l’impression qu’il est plat. Quand l’environnement est riche en textures, quelque chose de monochrome et de blanc peut apparaître artificiel. Nous avons apporté très subtilement beaucoup de textures à ce personnage. En zoomant, vous pouvez vous rendre compte qu’il y a beaucoup d’échelles: sa peau reflète la lumière, comme un coquillage. On s’est inspiré du look de Krokmou et on lui a donné un côté plus félin comme un léopard des neiges."

La ville des dragons et des humains

Brad Lewis: "Certains plans du film sont les plus complexes de l’histoire de Dreamworks. Dean voulait dès le début des plans épiques avec beaucoup de personnages. Plutôt que de regarder ce que l’on ne pouvait pas faire, nous nous sommes dits: ‘allons-y’. Si vous lancez un défi aux employés de Dreamworks, ils en deviennent meilleurs. On ne se limite pas, on est motivé par l’ambition... puis on regarde si le résultat est proche ou non de cette ambition."

Dean DeBlois: "Il y a tellement de personnages dans cette scène! Il y a Harold, Krokmou et leur équipe de sauveteurs de dragons, mais aussi tous les dragons qu’ils ont sauvés. Ils volent tous en direction de leur île qui est bondée de monde. Pour réaliser ce plan, nous avons passé plusieurs semaines dessus. Il y a eu les effets spéciaux, puis le département des foules, qui s’occupe des actions des personnages dans le fond, est intervenu. Il a passé plusieurs semaines sur la scène, avant de passer la main au département de l’éclairage, qui a travaillé six semaines au moins sur la séquence pour l’éclairer."

Brad Lewis: "Pour un plan comme celui-ci, nous avions les choses les plus difficiles à animer: l’eau, la fumée, le feu… Les éléments naturels sont très difficiles à animer numériquement et à représenter artistiquement. Simuler quelque chose est une chose, en faire de l’art en est une autre. Cette scène raconte aussi un problème, une vie impossible à tenir à la longue: une vie commune entre les humains et les dragons. Dès le début, nous avions une représentation visuelle d’un des problèmes du premier acte du film."

La lumière

Dean DeBlois: "Lorsque nous sommes arrivés sur Dragons, Chris Sanders et moi avions déjà travaillé ensemble sur Lilo et Stitch. Dragons était donc notre premier film d’animation réalisé en 3D. Nous avons été surpris de découvrir que le travail sur la caméra, les mouvements et les compositions ne se faisaient pas en relation avec le travail sur la lumière. Nous avons beaucoup étudié la photographie et la règle numéro 1 à suivre est de savoir d’où vient la lumière, où se situe l’ombre. Je me suis demandé comment il était possible de penser la composition d’un plan sans savoir où les ombres et les lumières vont être: les deux départements ne communiquaient pas ensemble!

J’ai donc contacté Jeffrey Katzenberg [le co-fondateur de Dreamworks qui en était alors le président, NDLR] et je lui ai demandé si on pouvait contacter un directeur de la photographie célèbre - Roger Deakins était mon premier choix - pour ouvrir une discussion entre les deux départements. Je lui ai évoqué notre projet, mais je crois qu’il ne m’a pas bien compris: il m’a dit qu’il acceptait ma proposition de travailler sur le film! Depuis, il a travaillé sur les trois Dragons. Ce qu’il apporte, c’est des années et des années de goût sophistiqué et d’idées très inventives. La grande discussion pour Dragons 3 a été de trouver comment insuffler la vie à un monde souterrain, comment de le rendre magique tout en le rendant crédible dans notre monde."