"Bastille Day","La Chute de Londres" : quand la réalité terroriste dépasse la fiction

Studio Canal

"Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure et fortuite coïncidence" : en pleine vague d'attentats en France, deux films d’action sortis récemment imaginent des attaques terroristes à Londres et à Paris. Pur hasard scénaristique ou exploitation du climat de terreur ambiant ?

Trois jours après l’attentat qui a coûté jeudi 14 juillet la vie à 84 personnes sur la Promenade des Anglais à Nice, Studio Canal a finalement choisi de déprogrammer Bastille Day. Dans ce film d’action, en salle depuis le 13 juillet, une jeune Française jouée par Charlotte Le Bon prépare un attentat à Paris à la veille de la fête nationale. Comme on dit au cinéma, "toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure et fortuite coïncidence". Bastille Day est cependant le second film en l’espace de quelques mois à imaginer des attaques terroristes dans les rues des capitales européennes. Le 2 mars dernier sortait déjà La Chute de Londres, film d’action où plusieurs chefs d'Etat, dont le président de la République française et la chancelière allemande, meurent dans une attaque terroriste organisée par un trafiquant d’armes pakistanais. 


Bastille Day et La Chute de Londres ont été tournés fin 2014, avant les attentats de Paris et de Bruxelles. Si le tournage de Bastille Day s’est achevé en décembre 2014, celui de La Chute de Londres s’est poursuivi jusqu’en avril 2015. Difficile de croire que l’équipe du film soit restée hermétique aux événements des 7, 8 et 9 janvier. Rien n’indique pourtant que le scénario ait été modifié. Les campagnes de promotion du film au contraire ont été marquées par un certain mauvais goût: une première bande-annonce de La Chute de Londres a été diffusée le 1er juillet, soit quasiment dix ans jour pour jour après l’attentat de Londres du 7 juillet 2005. Idem pour Bastille Day, dont la date de sortie initiale a été modifiée après les attentats du 13 novembre: "Cette année, le feu d'artifice c'est eux!" peut-on lire sur l'affiche à propos des deux acteurs principaux du film, Idris Elba et Richard Madden. 

La Chute de Londres dénoncé pour son islamophobie

La sortie de La Chute de Londres n’a pas été de tout repos, malgré un certain succès commercial (près de 200 millions de dollars de recettes au box-office). Le film, dont certaines scènes rappellent l’esprit du jeu vidéo Call of Duty, a été accusé par la presse de vouloir capitaliser sur le climat de terreur. Le magazine spécialisé américain Variety a ainsi dénoncé dans ses colonnes l’islamophobie du film et son message va-t-en-guerre. Et son confrère Empire d’ajouter: “Que quelqu’un fasse de l’espace dans la DVDthèque de Donald Trump”. 


Une remarque pas si éloignée de la réalité: Newt Gingrich, actuel président de la Chambre des représentants des États-Unis et proche du magnat de l’immobilier, a posté sur son compte Twitter le 9 juin dernier un message où il indique que “La Chute de Londres est un film d’action musclé qui nous fait prendre conscience de la montée des suprématistes islamiques”. Sur Twitter, le hashtag #Londonhasfallen (titre original du film) a aussi été utilisé pour diffuser des messages islamophobes à l’égard du nouveau maire de Londres, Sadiq Khan. Quand la réalité dépasse la fiction et perpétue les préjugés...