Violences à Paris: un dispositif de sécurité inadapté?

La sécurisation des Champs-Elysées n'a pas empêche le déferlement de violences vu samedi à Paris, dénoncent les syndicats.
Des syndicalistes policiers critiquent le dispositif de sécurité prévu pour la manifestation de samedi, qui a dégénéré dans la capitale. REUTERS/Stephane Mahe

L'objectif était clair : empêcher que les Champs-Elysées s'enflamment à nouveau. Au bout du compte, c'est une bonne partie du quartier qui a brûlé. La manifestation des gilets jaunes a été marquée samedi par des violences d'une gravité "sans précédent", selon les mots du préfet de police Michel Delpuech. 412 interpellations, 378 gardes à vue, 249 incendies, 133 blessés dont 23 policiers, et une question : le dispositif de sécurité était-il à la hauteur ?

Combien de policiers et de gendarmes étaient mobilisés ?

Le ministère de l'Intérieur avait annoncé 4000 membres des forces de l'ordre. A l'antenne de RTL ce lundi matin, Frédéric Lagache, secrétaire Général adjoint du syndicat de police Alliance, a évoqué le chiffre de "49 compagnies de CRS et de gendarmes mobiles à Paris", soit "environ 3500 hommes". Avant la journée du 24 novembre, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait annoncé 3000 policiers et gendarmes mobilisés.

Si le déploiement est important, c'est la répartition des forces qui a posé problème samedi pour Frédéric Lagache. "On n'avait pas 3500 hommes en maintien de l'ordre", a-t-il précisé ce lundi sur RTL. Selon le représentant syndical, sept compagnies de CRS et de gendarmes mobiles, soit 490 hommes, étaient mobilisées en ce sens, les autres étant affectés à la protection des bâtiments institutionnels comme l'Elysée, le Sénat, l'Assemblée nationale ou encore la mairie de Paris.

Les policiers étaient-ils en sous-effectif ?

Deux problèmes découlent de ce dispositif : le sous-effectif des forces de l'ordre face aux manifestants les plus remontés, d'abord, et un manque de mobilité pour contenir les petits groupes qui ont semé la pagaille dans plusieurs quartiers de la capitale. Les contrôles d'identité ont permis d'épargner les Champs-Elysées, mais la violence s'est déportée autour de l'Arc de Triomphe, et même en son sein. L'intérieur du monument a subi de la casse, l'extérieur a été dégradé, et un CRS a été frappé aux alentours.

"D'un coup [...] plusieurs centaines [de manifestants] [...] s'en sont pris extrêmement violemment aux forces de l'ordre qui protégeaient l'Arc de Triomphe [...] et ils sont revenus beaucoup plus en nombre et ont réussi à investir le plateau de l'Etoile", a déclaré ce lundi matin le secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur, Laurent Nuñez, sur RTL. Invités ce lundi matin chez Sud Radio, le secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police, Yves Lefebvre, a aussi dénoncé les ordres reçus. "On a fait l'erreur de lâcher l'Arc de Triomphe. Une fois qu'on l'avait protégé, il fallait y rester mais on a eu des ordres", a-t-il dit, selon un tweet de Sud Radio.

Un dispositif inadapté à la situation ?

L'éparpillement des manifestants dans les quartiers voisins a achevé de déborder le dispositif. Outre la question des attributions des uns et des autres, des représentants syndicaux évoquent une difficulté propre à la fois au mouvement et au maintien de l'ordre à la française. "Il faut considérer une bonne fois pour toutes que les gilets jaunes ne respecteront pas les règles du droit de manifester en déposant un parcours", explique à Libération le secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale, David Le Bars.

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, les autorités ont regretté plus d'une fois l'absence de déclaration en préfecture, qui suggère un parcours défini et facilite la préparation. Le mouvement des gilets jaunes constitue un défi pour le maintien de l'ordre, à plus forte raison quand se produisent des violences d'une telle ampleur. Pour David Le Bars, s'il existe un savoir-faire français "dans l'accompagnement des cortèges dits classiques", "on a d'énormes soucis d'adaptation face à des groupuscules de toutes natures venus pour casser", admet-il à Libération.

Que répondent les autorités aux syndicats ?

Amené à écouter un extrait de l'intervention de Frédéric Lagache, Laurent Nuñez a défendu le dispositif de samedi. "Il fallait protéger les Champs-Elysées pour éviter les violences du samedi passé, il fallait protéger les institutions [...] et puis avoir des effectifs mobiles qui se déploient avec des unités mobiles qui sont allées au contact, des effectifs qui ont procédé à de nombreuses interpellations", a-t-il rappelé, citant les 412 personnes interpellées au cours de la journée.

Des évolutions sont-elles à prévoir ? "Le président de la République nous a demandé de toute façon de réfléchir à [l'] adaptation [du dispositif] et d'évoluer le cas échéant", a répondu Laurent Nuñez sur RTL, en précisant qu'un pas vers plus de mobilité "peut être une leçon" de la journée de samedi. En compagnie de Christophe Castaner, il sera auditionné dès ce lundi à l'Assemblée nationale et mardi au Sénat. Les syndicats de police ont eux demandé à être reçus par Emmanuel Macron, pour exposer la "gravité de la situation" et demander que la stratégie d'ordre public soit adaptée en cas de nouvelle mobilisation.