UNEF : le voile de la discorde

Les réseaux sociaux s'enflamment depuis l'intervention télévisée de Maryam Pougetoux, la présidente du syndicat étudiant, qui porte le hijab.
Maryam Pougetoux est présidente du syndicat UNEF à l'université Paris IV, Sorbonne. afp.com/LOIC VENANCE

Maryam Pougetoux, présidente du syndicat UNEF pour l'université Paris-IV, est victime d'une campagne de harcèlement virulente à cause de son voile. La jeune femme, interviewée par M6 dans le cadre d'un reportage sur les universités bloquées, est désormais au coeur d'une polémique autour du voile à l'université.

Les défenseurs de la laïcité, du féminisme et du progressisme ont exprimé leur désaccord avec ce choix d'une porte-parole voilée. Un discours qui s'est rapidement ensuivi d'un déversement de haine islamophobe sur les réseaux sociaux envers celle que certains nomment "la voilée de l'UNEF".

Le politologue Laurent Bouvet, co-fondateur du Printemps républicain, une "association visant à promouvoir le commun et la laïcité dans le paysage politique français", a été l'un des premiers à réagir et à lancer la polémique. "À l'UNEF, la convergence des luttes est bien entamée. C'est la présidente du syndicat à l'Université Paris-Sorbonne qui le dit" a-t-il posté sur Facebook. Une prise de parole qui lui a valu le "soutien total" de Manuel Valls.

Sur Facebook, le politologue Laurent Bouvet a dénoncé le choix de l'Unef d'une porte-parole voilée. Facebook

Julien Dray, membre du parti socialiste et ancien membre de l'Unef, a commenté : "La direction du syndicat qui accepte cette jeune dame comme dirigeante souille tout notre combat mené dans les universités... Bien des membres de l'UNEF doivent être effarés...".

Mais d'autres internautes sont allés bien plus loin. "Hitler n'y avait pas pensé : faire infiltrer la gauche par ses milices en uniformes terroristes, Maryam Pougetoux l'été approche l'UNEF va demander des ristournes pour acheter #Burkini pour toutes ses miliciennes" clame l'un deux. "La religion c'est comme les charentaises, chez soi c'est confortable, mais quand tu sors avec dans la rue t'as l'air d'une conne" tweete un autre. Le numéro de téléphone portable de Maryam Pougetoux a même été diffusé sur Twitter dans un message invitant à lui "pourrir la vie".

Un "islam politique" selon Schiappa

La secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, a à son tour réagi mercredi, se disant "interpellée" par le choix de l'Unef. "Ça m'interpelle, non pas parce que c'est une étudiante qui porte le voile, c'est son droit le plus strict," a-t-elle déclaré sur France Info, "mais ça m'interpelle que l'Unef ait choisi comme porte-parole une personne qui de toute évidence a des signes manifestes de religion, d'islam politique en réalité".

"Qu'est-ce que l'Unef souhaite promouvoir comme valeurs, est-ce qu'il souhaite défendre la laïcité, est-ce qu'il souhaite défendre l'émancipation des femmes, est-ce qu'il souhaite défendre d'autres choses ?" a demandé Marlène Schiappa. "L'Unef est censé être un syndicat étudiant progressiste, féministe", a dit la secrétaire d'État, avant de condamner sans équivoque les insultes dont la jeune fille fait les frais. "Les attaques, y compris sexistes, anti-musulmans dont elle fait l'objet sur les réseaux" sont "totalement inadmissibles", a-t-elle martelé.

#SoutienAMaryam

L'UNEF, le syndicat dont fait partie la jeune femme a de son côté réagi par la voie d'un communiqué de presse. L'organisation étudiante y dénonce "le déferlement de haine raciste, sexiste et islamophobe dont Maryam est victime" et s'attaque directement à Laurent Bouvet qu'il accuse de dissimuler "une islamophobie décomplexée" derrière "son débat sur la laïcité excluante". "Quel est l'objectif de cette publication si ce n'est de permettre le déchaînement de haine raciste et islamophobe contre une femme qui ose prendre la parole ? Soutien à Maryam, une grande militante syndicale ! @laurentBouvet".

Un deuxième camp s'est alors élevé en soutien à la jeune femme. La militante anti-raciste et journaliste, Rokhaya Diallo a dénoncé l'islamophobie des détracteurs de la militante : "Après Mennel, Yassine Belattar, Mohamed Saou ou moi, la chasse aux musulman.e.s (présumé.e.s) qui ont l'outrecuidance de se rendre visibles, orchestrée par le @printempsrepub se poursuit. Le but : nous expulser de la sphère publique. Mais on est là, chez nous. #SoutienAMaryam". Elle a rapidement été rejointe par d'autres militants et internautes souhaitant lutter contre "une odieuse campagne de harcèlement raciste".