Un malvoyant et son chien expulsés d'un Monoprix à Marseille

Arthur a diffusé la vidéo montrant son expulsion manu militari du magasin, fin septembre. L'enseigne s'est excusée.
Arthur Aumoite a posté la vidéo de la scène sur son compte Facebook (capture écran). Arthur Aumoite/ Facebook

Arthur Aumoite, un jeune homme de 25 ans victime d'une atteinte rétinienne génétique, a décidé de porter plainte contre la chaîne de supermarchés Monoprix. La raison ? Il assure avoir été victime de discrimination, expulsé avec son chien-guide d'un supermarché alors qu'il faisait ses courses, le 21 septembre à Marseille. Une séquence filmée et diffusée, visionnée près de 900 000 fois depuis sa publication sur Facebook.

Ce jour-là, le jeune homme fait ses courses avec Loya, dans le Monoprix de Blancarde, dans le centre de la ville. Filmée par l'ami qui l'accompagne, la scène montre le malvoyant se faire barrer le chemin par le gérant du magasin, qui le bloque physiquement, mettant en avant les questions "d'hygiène dans la zone alimentaire" pour refuser l'accès du magasin à Arthur et de son chien.

Le jeune homme présente alors un document de la Fédération française des associations de chiens guides d'aveugle (FFAC), rappelant l'article 88 de la loi de 1987 : l'obligation d'ouvrir tous les lieux publics aux personnes accompagnées d'un chien guide. Mais rien n'y fait, le gérant ne veut rien entendre et Arthur Aumoite est même bousculé, puis expulsé du magasin, après qu'un vigile lui a arraché son chien.

Le directeur sanctionné

"Ce n'est pas moi contre Monoprix, je veux juste faire quelque chose de bien d'une situation de départ qui est affligeante, honteuse et dégradante", a expliqué un peu plus tard Arthur Aumoite. "Nous comptons sur la viralité de l'incident, sur les réseaux sociaux et dans les médias, pour faire bouger les choses. Mais je compte aussi agir en justice contre les deux personnes qui m'ont viré du magasin. Il y a une loi qui prévoit des sanctions, il faut aller jusqu'au bout", a-t-il ajouté.

Sur le compte Facebook du jeune homme, Monoprix a "présenté ses excuses pour ces faits, que (l'entreprise) condamne fermement". "Si pour des raisons sanitaires, les animaux ne sont pas acceptés dans nos magasins, les guides d'aveugles font évidemment exception", a ensuite précisé l'enseigne, sur Twitter.

Contacté par Franceinfo, Monoprix assure, sans plus de précisions, que "des sanctions" vont être prises à l'encontre du directeur du magasin, qui "n'avait pas en tête ces règles".

88 cas de refus d'accès de malvoyants en 2017

Auprès de l'AFP, la FFAC a dénoncé mardi "cette séquence assez choquante, qui plus est avec l'usage de la violence", rappelant que les chiens guides sont formés pendant deux ans.

"Ils sont dressés pour ne jamais attaquer, même si leur maître est agressé, ou pour ne pas aller renifler voire manger des aliments. D'ailleurs on voit bien dans la vidéo que durant toute la séquence Loya reste absolument calme, couchée aux pieds de son maître, et n'oppose aucune résistance", précise Yolande Desousa, chargée de communication de la FFAC.

Selon la FFAC, 88 cas de refus d'accès à une personne accompagnée d'un chien guide ont été constatés en 2017. Jusque-là selon l'association aucune plainte n'a jamais abouti en justice, malgré l'amende de 450 euros prévue par la loi.