Trèbes: de nouvelles révélations jettent un doute sur l'assaut du Super U

Dix minutes se seraient écoulées entre le signal d'assaut donné par Arnaud Beltrame et l'intervention du GIGN. Un laps de temps qui interroge.
ERIC CABANIS / AFP

Y-a-t-il eu dysfonctionnement dans la manière dont a été mené il y a trois semaines l'assaut au supermarché de Trèbes? De nouveaux enregistrements, dont Le Parisien a pris connaissance ce lundi, indiquent qu'il y a eu un laps de temps de dix minutes entre le moment où Arnaud Beltrame a donné le signal d'assaut et l'intervention du GIGN pour désarmer Radouane Lakdim. Comment l'expliquer? Et surtout, une intervention plus rapide aurait-elle changé la donne et permis de sauver le gendarme? 

Ces enregistrements donnent en tout cas une idée plus précise de la façon dont se sont déroulés les événements. Ce jour-là, retrace le quotidien, Radouane Lakdim pénètre dans le supermarché vers 10h30, au cri d'Allah Akhbar. Il tue dans la foulée le chef boucher et un client. Une demi-heure plus tard, c'est l'antenne locale du GIGN qui arrive la première sur place, avant les policiers de la BRI. Ce sont donc les gendarmes qui géreront la crise, comme le veut le schéma national d'intervention qui veut que le premier arrivé soit celui qui prenne les commandes. 

Les gendarmes pénètrent dans le supermarché par l'arrière et montent à l'étage, dans la salle de vidéosurveillance. De là, part une colonne menée par le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui parvient à libérer la majorité des otages. Mais Radouane Lakdim se retranche dans la salle des coffres avec une hôtesse de caisse. 

Vers 11h30, Arnaud Beltrame va avoir ce geste tant de fois salué comme héroïque: il se substitue à la caissière et entre, sans son arme et sans gilet pare-balles dans la salle des coffres. Dans le même temps, il a l'idée de laisser son téléphone portable allumé sur une table, ce qui va permettre d'entendre ce qu'il se passe dans la pièce. 

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"Nécessaire d'évaluer les piégeages"

S'amorce peu après midi une longue négociation de crise, téléguidée depuis le quartier général du GIGN, dans les Yvelines, et à laquelle participe un psychologue. Le but: gagner du temps en attendant que l'unité nationale du GIGN, embarquée à bord de trois hélicoptères, gagne Trèbes. "Pour intervenir hors situation d'urgence, l'antenne locale doit obtenir l'aval de l'échelon national", note Le Parisien. 

Vers 13h10, Radouane Lakdim menace de "tout faire sauter". Peu après 14h, pour une raison que l'on ignore et alors que les hélicoptères du GIGN ne sont pas encore sur place, Arnaud Beltrame tente de désarmer le terroriste. La bande enregistrée sur son téléphone permet d'"entendre confusément 'Assaut assaut!'" et trois coups de feu. Là, malgré ce signal clair, dix minutes vont alors s'écouler avant que le GIGN n'intervienne. Encore plus étonnant, le rapport d'intervention transmis à la justice ne mentionnerait pas ce délai, selon Le Parisien...

La gendarmerie a refusé de commenter cet élément auprès du quotidien francilien, évoquant l'enquête en cours. Une source proche du dossier assure de son côté "qu'il était nécessaire de localiser et évaluer les piégeages avant de les neutraliser".

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