Pédophilie dans l'Église: le cardinal Barbarin admet des "erreurs"

Peu avant d'être entendu par la justice, l'archevêque de Lyon confie des regrets dans un entretien au journal Le Monde, mais se défend: "je n'ai rien 'couvert' du tout".
Le cardinal de Lyon, Philippe Barbarin (ici à Lourdes en 2016) comparaîtra face aux victimes présumées d'un prêtre de son diocèse pour agressions sexuelles. afp.com/ERIC CABANIS

C'est un début de mea culpa: le cardinal Barbarin reconnaît dans le Monde ce samedi qu'il a commis des "erreurs de gouvernance", durant des années, dans l'affaire Bernard Preynat. Une confession alors qu'il répondra en septembre à une citation à comparaître de victimes de ce prêtre du diocèse de Lyon, accusé d'avoir sexuellement agressé des enfants dont il avait la charge jusqu'en 1991.

"Aujourd'hui, on n'agirait plus comme cela"

"Ma réponse d'alors n'était pas à la mesure de l'enjeu", explique l'archevêque de Lyon, qui explique pour sa défense que les agressions sexuelles, quand elles lui ont été rapportées en 2007, "de façon informelle", dataient "d'il y a quinze ou vingt ans". Philippe Barbarin explique que le prêtre accusé a alors promis "qu'il n'y a rien eu depuis 1991. J'ai cherché à vérifier, et on n'a rien trouvé. Certains disent que ce n'est pas possible, et qu'un pédophile recommence inéluctablement. Mais, pour l'instant, pas un seul fait n'a été prouvé après 1991", assure le cardinal, qui se défend d'avoir voulu "couvrir" ces faits datant des années 1980: un mot "inadmissible" selon lui: "je n'ai rien couvert du tout".

Pourtant, même après ces accusations, le père Preynat a pu continuer à être prêtre. "Aujourd'hui, on n'agirait plus comme cela. C'est cela qui a été une erreur", assure le cardinal, qui reconnaît "une autre erreur", quand il a reçu les victimes: "pour elles, la souffrance est aussi brûlante qu'il y a trente ans, qu'au premier jour", admet-il. "Pour elles, il est révoltant et inadmissible que le père Preynat ait pu continuer à être prêtre. Ils ne pardonnent pas au cardinal Decourtray de lui avoir redonné un ministère et à ses successeurs de ne pas l'avoir retiré" explique Philippe Barbarin, en rappelant au passage les responsabilités des autres prélats.

Blanchi par le pape

Quant à la procédure canonique, soit le procès interne à l'Église, il a été suspendu pour laisser la priorité à la procédure civile, réenclenchée à la demande des victimes. Mais côté religieux aussi, le cardinal Barbarin n'a rien à craindre: il a été "blanchi" par le Vatican en décembre. Dans un entretien à La Croix, le pape François l'avait même qualifié de "courageux".

S'il n'a rien à craindre au niveau hiérarchique, le cardinal Barbarin n'a plus rien à craindre non plus sur le plan juridique. La seconde enquête ouverte en 2016 à ses dépens, pour non-dénonciation d'agressions sexuelles d'un prêtre, a été classée sans suite en juillet.