Mort de Chérif Chekatt: et maintenant, que faire du corps?

La question, qui se pose après chaque attentat, est un véritable casse-tête pour les communes où ont lieu ces drames.
Le cimetière du père Lachaise à Paris, le 30 octobre 2014. (image d'illustration) afp.com/Stephane de Sakutin

La question est pour le moins épineuse. Après la mort de Chérif Chekatt, que faire du corps du tueur, à la fois affront au deuil des victimes et possible sujet de fanatisme ? À chaque attentat, le débat a lieu, avec toujours la crainte qu'une stèle ne devienne pas un lieu de recueillement de fanatiques. Alors que la loi indique qu'un défunt doit être enterré entre un et six jours après sa mort, des délais sont souvent accordés dans ces cas spécifiques, véritables casse-tête pour les communes.

Strasbourg désignée de fait

C'est à la famille de décider du lieu de l'inhumation. Dans le cas de Chérif Chekatt, quatre de ses membres étaient toujours en garde à vue étaient toujours jeudi soir, rapporte Libération. La décision devrait donc attendre la suite de l'enquête et leur éventuelle libération.

En théorie, le djihadiste devrait être enterré à Strasbourg. Il s'agit en effet à la fois de la commune où il est décédé, et de celle où il résidait. Or, l'article L2223-3 du Code général des collectivités territoriales précise qu'une sépulture est due dans ces conditions, sauf s'il existe une sépulture de famille ailleurs.

Des précédents compliqués

En pratique, la ville pourrait refuser. C'est notamment ce qu'avait fait la ville de Reims, lieu de résidence de Saïd Kouachi, en janvier 2015. À Strasbourg, une telle décision serait d'autant plus compréhensible que la ville est aussi celle qui a été meurtrie par l'attentat. Le même problème s'était posé à Toulouse, après le refus de l'Algérie de récupérer le corps de Mohammed Merah, et dans l'Aude en mars dernier. Une pétition avait alors circulé pour demander que le terroriste Radouane Lakdim ne soit pas inhumé à Trèbes ou à Carcassonne, par respect pour les victimes.

Dans de telles circonstances, c'est alors au préfet de décider que faire du corps. Dans le cas de Saïd Kouachi, Reims avait dû se plier à la décision du représentant de la République et inhumer le terroriste dans l'un de ses cimetières. Même chose à Toulouse pour Mohammed Merah, où la polémique avait nécessité une intervention du président Sarkozy.

Une présence policière possible

Quoi qu'il en soit, dans le cas des auteurs d'actes de terrorisme, les tombes sont systématiquement anonymisées. Seuls quelques responsables connaissent le lieu d'inhumation des corps, et ont pour consigne de ne pas divulguer d'information à ce sujet. En général, l'enterrement se fait aux heures de fermeture du cimetière. Dans le cas des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly, les trois enterrements ont ainsi eu lieu de nuit. En plus de ces précautions, le maire de la commune peut requérir une présence policière devant le cimetière pour repousser les curieux.

La présence policière peut également servir à surveiller les personnes qui assistent à l'inhumation. Au moment de l'enterrement de Brahim Abdeslam, l'un des kamikazes des attentats du 13 novembre, la présence d'Abid Aberkan, un de ses proches, avait permis aux policiers belges de retrouver la planque de Salah Abdeslam, qui lui avait téléphoné.

Que Chérif Chekatt soit enterré à Strasbourg ou ailleurs, il devrait donc avoir droit, comme les autres djihadistes morts en France, à un enterrement digne. Toutefois, tout sera fait de la part de l'Etat et de la commune pour que son souvenir tombe dans l'oubli, contrairement à celui de ses victimes.