Menaces de mort: qui en veut aux gilets jaunes "modérés"?

Ceux qui veulent négocier avec le gouvernement sont la cible de menaces de mort sur les réseaux sociaux, mais pas seulement.
Une partie du mouvement refuse d'envisager une quelconque négociation avec le gouvernement, et s'en prend à ceux qui s'érigent en "porte-paroles". REUTERS/Stephane Mahe

Le mouvement des gilets jaunes est prêt à couper des têtes, y compris en son sein. La création, dimanche, d'un groupe de "modérés", prêts à discuter avec le gouvernement, a provoqué un torrent de menaces envers les intéressés, allant jusqu'aux menaces de mort.

Déjà, quelques jours auparavant, la désignation de porte-paroles du mouvement avait donné lieu à des contestations plus ou moins vives de la part des gilets jaunes. Jason Herbert, l'un des deux seuls - sur les huit - à avoir accepté de se rendre à Matignon, avait expliqué la désertion des six autres en déclarant : "Nous avons tous reçu d'énormes pressions, des menaces d'agressions verbales et physiques. Notre vie est en jeu".

Ces gilets jaunes modérés, qui se sont baptisés les "Gilets jaunes libres", se sont opposés à la violence du mouvement, et ont proposé de négocier une "sortie de crise" avec le gouvernement dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche. Une position presque blasphématoire pour toute une partie de ce mouvement très hétéroclite, dont la frange la plus radicale réclame jusqu'à la démission du président de la République. Hors de question, pour ces gilets jaunes qui souhaitent un renversement du pouvoir, de laisser quiconque négocier avec l'exécutif.

"T'en as plus pour longtemps"

Et les moyens pour y parvenir sont aussi divers qu'extrêmes. "Ça a été sur réseaux sociaux, sur nos téléphones, ça a été des adresses personnelles divulguées...", a listé Cédric Guémy, l'un des co-fondateurs des "Gilets jaunes libres", sur Franceinfo ce mercredi.

"J'ai reçu des menaces implicites sur Facebook", a par exemple expliqué Chantal Perrotin, gilet jaune d'Auvergne-Rhône-Alpes et cosignataire de la tribune, également interrogée par Franceinfo. "Sur Facebook, j'ai vu tourner des commentaires du type 'Elle n'est pas légitime, 'D'où sort-elle', 'On ne la connaît pas, on ne l'a pas vue sur les barricades...'"

Si la militante assure ne pas avoir reçu de menace de mort, ce n'est pas le cas de tous les "gilets jaunes libres". "On est visés par des espèces de gamins anarchistes qui sont manipulés. On reçoit des appels en pleine nuit, des menaces comme 'On a ton adresse, t'en as plus pour longtemps'", a relaté lundi Jacline Mouraud, également signataire de la tribune du JDD et auteure d'une vidéo virale sur la "traque aux automobilistes" diffusée début novembre.

"C'est effroyable. J'ai peur aujourd'hui"

"D'autres personnes ont reçu des menaces sur leurs enfants", a-t-elle ajouté, affirmant avec certitude que les menaces venaient d'autres gilets jaunes. La Bretonne de 51 ans assure avoir déposé "six plaintes" à la gendarmerie pour menaces de mort.

Benjamin Cauchy, figure du mouvement en Occitanie, se dit, lui, tellement acculé qu'il en ressent l'obligation de se cacher. "Je suis menacé. Je reçois des insultes, des menaces de mort par centaines sur les réseaux sociaux, des intimidations sur mon téléphone portable, notamment de la part des gilets jaunes qui ne souhaitent pas que je parle à leur place. C'est effroyable. J'ai peur aujourd'hui", a-t-il détaillé auprès de La Dépêche.

Dans son cas, l'inquiétude a pris des proportions telles que ce père divorcé de deux enfants a préféré renoncer à son tour de garde le week-end dernier, alors que des manifestations, parfois violentes, de gilets jaunes avaient encore lieu dans l'Hexagone.

Protection du gouvernement

Ces intimidations ont conduit ces militants "libres", qui avaient accepté de rencontrer le Premier ministre mardi, à annuler ce face-à-face prévu à Matignon. "Notre intégrité physique était en jeu", a asséné Cédric Guémy, membre fondateur des "Gilets jaunes libres", sur Franceinfo.

"On était prêts à venir si le gouvernement assurait notre sécurité, mais il ne l'a pas fait", a-t-il précisé, insistant sur le fait que les signataires de la tribune avaient demandé une protection du gouvernement face aux menaces dont ils disent être la cible.

Un seul d'entre eux a décidé de faire fi des pressions. David Tan, chauffeur de taxi nantais, a déjeuné avec des conseillers d'Edouard Philippe mardi, avant de s'entretenir quelques minutes avec le Premier ministre.

Les détracteurs des "gilets jaunes libres" "pensent que je vais faire le démago, le 'collabo ' et qu'on veut faire de la politique", a-t-il déclaré à Ouest France, assurant qu'il ne se "laisserai[t] pas intimider, menacer sur Facebook ou ailleurs". Le matin de sa rencontre, à 6h30, il a encore découvert des messages menaçants et insultants sur sa boîte vocale personnelle.