Menacée de mort, Marie Laguerre porte plainte

L'étudiante agressée dans la rue l'été dernier à Paris a porté plainte pour harcèlement sur les réseaux sociaux.
Marie Laguerre, insultée et frappée en pleine rue à Paris, est harcelée et menacée en ligne depuis la médiatisation de son affaire. afp.com/Philippe LOPEZ

"Ne pas laisser passer". C'est le credo de Marie Laguerre, 22 ans, l'étudiante parisienne insultée et frappée à la terrasse d'un café de la capitale l'été dernier, qui a obtenu le 4 octobre la condamnation de son agresseur à un an de prison, dont six mois ferme. Selon nos informations, elle vient de déposer une plainte pour harcèlement moral, menaces de commettre un crime ou un délit, et menaces de mort auprès du procureur de la République de Paris.

Dès le lendemain des faits, Marie Laguerre poste sur sa page Facebook les images enregistrées par les caméras de vidéosurveillance du café. Avec la médiatisation de l'affaire, les témoignages de soutien affluent sur la Toile, mais aussi les messages d'insultes, en français et en anglais, les appels au viol et les menaces de sévices. "Depuis la mise en ligne de cette vidéo et sa très large diffusion, Madame Laguerre fait l'objet d'un véritable déferlement de haine sur les réseaux sociaux", souligne la plainte que L'Express a pu consulter.

"Il ta pas frappe assez encore connasse"

Le florilège relevé par son avocate, Noémie Saïdi-Cottier, donne la nausée. Morceaux choisis (fautes d'orthographe comprises): "Si un jour je croise Marie Laguerre dans la rue, je lui démolis la mâchoire et elle mangera à la paille jusqu'à la fin de sa vie", promet un internaute, qui écrit aussi: "sale pute! Abus de pouvoir. Profiteuse. Connasse." Un autre renchérit: "Creve sale bourgeoise de merde tu te prends pour morue tu t habillé et tu te maquille comme une pute viens pas pleurer sale conne". "Je te déshabille de force et je te viole", avertit un troisième. Certains préfèrent le registre de l'agressivité: "L'autre timbré aurait du vous tuer", "Il ta pas frappe assez encore connasse", "tu sais que ta manière d'agir pourrai te coute cher ???"

Ces invectives en ligne, l'ingénieure en génie civile, aujourd'hui inscrite en école d'architecture, ne les laissera pas passer. Même s'il lui en coûte. "Je sais que ça va repartir de plus belle après la plainte, soupire-t-elle. Mais il est indispensable de rappeler qu'il y a des lois." Au fond, c'est le même combat qui continue. "Une logique identique se trouve derrière le harcèlement de rue ou sur internet, analyse Marie Laguerre : les femmes ne devraient pas se montrer, pas s'afficher, pas exister, ni sur les trottoirs, ni sur les réseaux sociaux." Elle qui bénéficie, comme elle le reconnaît, d'"une certaine visibilité", compte bien s'en servir : "Il faut que je m'appuie sur cette notoriété pour faire passer un message".