Le vin n'est "pas un alcool comme les autres", les médecins s'indignent

Mauvais départ pour le Ministre de l'Agriculture Didier Guillaume. Après seulement 3 mois en poste, il provoque la colère des médecins.
Le vin n'est "pas un alcool comme les autres", les médecins s'indignent
Mauvais départ pour le Ministre de l'Agriculture Didier Guillaume. Après seulement 3 mois en poste, il provoque la colère des médecins. BFMTV

Invité sur le plateau de BFMTV face à Jean-Jacques Bourdin le mercredi 16 janvier, le Ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, a provoqué un taulé en déclarant que le vin n'était "pas un alcool comme les autres". Une phrase pour laquelle il a subi un véritable retour de flamme médiatique.

"Je ne crois pas que le vin soit un alcool comme les autres", annonce le Ministre avant de reprendre : "L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le binge drinking, etc. C’est dramatique, mais je n’ai jamais vu, à ma connaissance, malheureusement peut-être, un jeune qui sort de boîte de nuit, et qui est saoul, parce qu’il a bu du Côtes-du-Rhône", estime-t-il au micro de Jean-Jacques Bourdin.

Selon lui, le problème viendrait exclusivement "des mélanges" ou "de l'alcool fort". Un raccourci qui a scandalisé le corps médical.

Les médecins s'indignent

"Tous les médecins vous invitent à faire un tour aux urgences un soir de feria ou de beaujolais nouveau", fulmine Michel Reynaud sur Twitter, psychiatre et addictologue président du Fonds Actions Addictions. Il rajoute même que "Pour être plus précis, il y a tous les jours des comas éthyliques au vin."

Les déclarations du Ministre sont d'ailleurs contredites par un rapport de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies qui relève que les jeunes se saoulent principalement avec "du vin (18%) et du champagne (25%)", comme le met en avant Bernard Basset, vice-président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie.

La déclaration fait d'autant plus polémique qu'elle intervient moins d'une semaine après l'annonce d'un plan gouvernemental pour lutter contre les addictions, jugé bien trop peu ambitieux, notamment face à l'imposante puissance des lobbies de l'alcool.

Une conseillère pro-lobby du vin pose également problème

"Il faut éduquer à boire un verre de vin, pour savoir ce que c'est", a également annoncé le Ministre Didier Guillaume. Une déclaration qui entre en contradiction avec le plan gouvernemental contre les addictions, qui estime au contraire que "faire goûter de l'alcool à un enfant pourrait avoir pour effet d'augmenter la consommation de boissons alcoolisées à la fin de l'adolescence."

Ce n'est pas le premier faux pas effectué entre agriculture, alcool et pouvoir exécutif ces derniers temps. Il y a quelques mois, des acteurs de la lutte contre l'alcoolisme dénonçaient la présence d'Audrey Bourolleau au poste de conseillère Agriculture à l'Élysée. La raison ? Avant de rejoindre le président de la République, elle était déléguée générale du lobby du vin. Une position qui, pour certains, serait à l'origine de l'absence de "mesures structurellement efficaces" pour la lutte contre l'alcoolisme, et notamment sur une possible augmentation du prix de l'alcool.