Le prêtre réclamant la démission de Barbarin révoqué

Lanceur d'alerte sur la pédophilie dans l'Eglise, un prêtre a perdu ses fonctions de juge d'un tribunal ecclésiastique.
Le père Pierre Vignon, ici à Saint-Martin-du-Vercors le 22 août 2018, a fait de la lutte contre la pédophilie dans l'Eglise son combat. afp.com/JEAN-PIERRE CLATOT

La pétition lancée fin août par le père Pierre Vignon, officiant dans le diocèse de Valence, atteint ce jeudi les 105 000 signatures. Dans ce texte, le prêtre qui a fait de la lutte contre la pédophilie dans l'Eglise son combat, s'adresse directement au cardinal Barbarin : il demande sa démission "dans les plus brefs délais", lui reprochant d'avoir tu de nombreuses agressions sexuelles commises par le père Preynat sur des mineurs et de l'avoir maintenu en fonction, au contact d'enfants, jusqu'en 2015 au sein du diocèse de Lyon.

Pourtant, comme le révèle L'Obs ce jeudi, ce n'est pas le cardinal Barbarin, toujours en poste, mais bien le père Pierre Vignon, qui a finalement été démis de ses fonctions. Douze évêques de la région Auvergne-Rhône-Alpes lui auraient signifié ce 1er novembre qu'il perdait son poste de juge à l'officialité de Lyon. Ce tribunal ecclésiastique a pour rôle d'exercer un pouvoir judiciaire, en se basant sur le code de droit canonique. Pierre Vignon occupait ce poste depuis 2002, et ce, sous l'autorité... du cardinal Barbarin.

Un procès en janvier?

Ces 12 juges à l'origine de cette décision "n'ont pas souhaité t'inclure dans ces nominations. Tu n'es donc plus juge de l'officialité à compter de ce jour. Il ne m'appartient pas de commenter leur décision", aurait laconiquement répondu à Pierre Vignon le responsable de l'officialité, selon L'Obs. "Je regrette cette décision, mais je l'accepte. Ça n'enlève rien à ce que j'ai dit en conscience et je ne regrette rien", a commenté l'intéressé auprès du magazine. S'il perd ces fonctions de juge, il reste néanmoins prêtre dans le diocèse de Valence.

Le procès du cardinal Philippe Barbarin et de cinq autres responsables religieux pour "non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs" est attendu au moins de janvier prochain devant le tribunal correctionnel de Lyon. Mais il pourrait encore être reporté, car le Vatican a refusé mi-octobre de délivrer à l'un de ses responsables, l'Espagnol Luis Francisco Ladaria Ferrer, une citation à comparaître, invoquant son "immunité".