La justice se mobilise face au nombre record d'arrestations

Deux jours après les actes de violences à Paris, 139 suspects ont été présentés à la justice et 111 gardes à vue prolongées.
Des employés municipaux nettoient les dégradations à l'Arc de Triomphe, le 2 décembre 2018 à Paris, au lendemain de la manifestation des gilets jaunes afp.com/Geoffroy VAN DER HASSELT

Le parquet de Paris n'avait "jamais eu à gérer un nombre aussi important de gardes à vue", a assuré le procureur Rémy Heitz dimanche, lors d'une conférence de presse commune avec le préfet de police Michel Delpuech. Deux jours après les violences "sans précédent" perpétrées à Paris en marge de la manifestation des gilets jaunes, 139 suspects ont déjà été présentés à la justice et 111 ont vu leur garde à vue prolongée, a indiqué ce lundi le parquet.

En ce début de semaine, le nombre de jugements en comparution immédiate organisés au tribunal de Paris a doublé pour faire face à un "afflux considérable", a indiqué le nouveau procureur de la République, Rémy Heitz, qui a succédé début octobre à François Molins à la tête du parquet de Paris.

Des effectifs augmentés

En tout, ils sont 378 à avoir été placés en garde à vue depuis samedi, dont 33 mineurs. La police judiciaire a également été saisie pour faire la lumière sur les actes commis à l'Arc de Triomphe et le vol d'un fusil d'assaut dans un véhicule des forces de l'ordre. Pour le moment, 81 procédures visant des majeurs ont été classées sans suite, indique aussi le parquet de Paris.

"La justice passera", a promis dimanche Rémy Heitz. "À la suite de telles exactions, à la suite d'une telle émeute urbaine, à la suite de telles violences, il ne peut y avoir d'impunité", a-t-il assuré. Pour y répondre, l'effectif des magistrats du parquet de permanence, chargés d'orienter les procédures, a été triplé par rapport à un dimanche ordinaire, pour passer à quinze. La présence d'avocats a été doublée et le nombre de greffiers a aussi augmenté considérablement. "Notre capacité de jugement a été très nettement augmentée", a souligné Rémy Heitz.

Des violences inédites

Entre l'Arc de Triomphe tagué et saccagé, les grilles du jardin des Tuileries arrachées, les véhicules incendiés et les magasins pillés, 412 personnes ont été interpellées samedi. Il s'agit d'un "niveau jamais atteint dans les dernières décennies", a précisé Michel Delpuech, évoquant "des violences d'une gravité sans précédent". Certains gilets jaunes les ont d'ailleurs condamnées dans une tribune publiée dans le JDD.

Le préfet de police a rapporté que "249 feux" ont été recensés par les pompiers, visant "112 véhicules, 130 mobiliers urbains" et "six bâtiments". Les forces de l'ordre ont par ailleurs été visées par "des jets de marteaux", de "billes en acier" ou de "gros boulons", a-t-il ajouté.

Différents chefs d'accusation

En visite au service de traitement en temps réel des procédures pénales du tribunal de grande instance, dans le quartier des Batignolles à Paris, la garde des Sceaux Nicole Belloubet a indiqué "[qu']environ deux tiers" des personnes en garde à vue feraient l'objet d'un défèrement devant la justice. "Il y a la volonté que ce type de dégradations ne soit pas sans conséquences", a-t-elle insisté.

Les prévenus devront répondre des chefs d'actes "de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique", "dégradations sur des biens destinés à l'utilité publique", "regroupements en vue de commettre des violences", ou encore "port d'armes". Des qualifications passibles de 3 à 7 ans d'emprisonnement, a indiqué le procureur Rémy Heitz.