"Je rends mon uniforme": le cri de colère d'une infirmière en Ehpad

Dans un message publié sur Facebook, Mathilde Basset raconte l'épuisement causé par la charge de travail et la déshumanisation des relations entre patients et soignants.
Une infirmière tient la main d'une personne âgée dans un EHPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) à Limoges, le 30 juin 2015 (photo d'illustration) afp.com/PASCAL LACHENAUD

"Je rends mon uniforme, dégoûtée, attristée." Mathilde Basset n'en pouvait plus. Cette infirmière de 24 ans a travaillé pendant trois mois au sein de l'hôpital du Cheylard (Ardèche). D'abord aux urgences, puis au sein de établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de l'établissement. Trois mois de souffrance, qui l'ont exposé aux difficiles conditions de travail des personnels soignants.

Le 27 décembre, la jeune femme s'est fendue d'un long message Facebook pour raconter son parcours. Partagé plus de 7000 fois, il témoigne de l'épuisement des infirmiers face et du manque d'effectifs dans de nombreux services. Aux urgences, Mathilde Basset pouvait "se retrouver à gérer seule 35 patients relevant d'une surveillance clinique accrue, accueillir un ou plusieurs usager(s) qui entre de manière "programmée" et prendre en charge une ou deux urgence(s) vitale(s), le tout simultanément".

"Je suis stressée donc stressante"

L'infirmière s'épanche surtout sur son passage en Ehpad. A sa charge: 99 résidents, sur "trois niveaux". La charge de travail est colossale.

Impossible dans des conditions d'assurer un suivi individualisé des personnes âgées. Le temps presse, il faut aller vite, se montrer productif. Elle raconte ainsi sa journée du 27 décembre, similaire aux autres. "Je presse les résidents pour finir péniblement ma distribution de médicaments à 10h15 ( débutée à 7h15), je suis stressée donc stressante et à mon sens, maltraitante." Mathilde "brusque les résidents", n'est "disponible pour personne", incapable de "créer le moindre relationnel avec les familles et les usagers".

"Je suis dans une usine d'abattage"

Mathilde Basset l'affirme pourtant: elle adore le "soin" et la "relation de confiance avec les patients". Mais les contraintes sont trop fortes et l'empêchent d'exercer son métier avec humanité. "Je ne travaille pas dans un lieu de vie médicalisé. Je suis dans une usine d'abattage qui broie l'humanité des vies qu'elle abrite, en pyjama ou en blouse blanche."

L'infirmière a fini pas rendre sa blouse de service. A la fin de son message, elle interpelle la "politique gestionnaire" d'Agnès Buzyn. Mathilde Basset confie à L'Humanité a décidé d'envoyer son message à la ministre de la Santé, car sa "situation dépasse de très loin le cadre du centre hospitalier du Cheylard". Le gouvernement affiche de son côté une volonté d'améliorer la situation sans les EHPAD. Les moyens qui leurs doivent être renforcés de 100 millions d'euros en 2018.