Affaire Luc Alphand: ils sont riches et paient des fortunes pour tuer des animaux sauvages

L'ancien champion de ski Luc Alphand a été épinglé sur les réseaux sociaux pour avoir fait appel à un prestataire dans le but de chasser des animaux sauvages.

La polémique a fait trembler les réseaux sociaux. Muré dans son silence, l'ancien champion de ski Luc Alphand, reconverti dans le rallye automobile, a provoqué l'ire des défenseurs des animaux en posant victorieux auprès d'animaux morts, après une partie de chasse. Les photos, rapidement supprimées, ont d'abord été mises en ligne par le prestataire que Luc Alphand a contacté pour mener cette partie de chasse à bien. L'association 30 millions d'amis a poussé des cris d’orfraie et a relayé les clichés sur son compte Twitter officiel. 

Payer pour tuer des animaux sauvages, ce n'est ni rare, ni nouveau. D'à peine une centaine d'euros pour un simple à babouin à 100.000€ pour un rhinocéros, les sommes engagées par des millionnaires en quête de "sensations fortes" peuvent dépasser l'entendement. Ces "trophy hunts" (trophée de chasse) représentent une manne financière non négligeable pour certains États du continent africain (Afrique du Sud, Namibie, Zambie, Zimbabwe). Mais pourquoi les parcs naturels animaliers autorisent-ils ce genre de chasse de sang-froid d'espèces censées être rares et protégées?

La raison: les riches chasseurs doivent débourser des sommes importantes pour obtenir les permis nécessaires à la chasse. Ces fonds servent à financer des programmes de protection des espèces menacées et de lutte contre le braconnage et contribuent à la bonne tenue des parcs animaliers. Pour éviter que certaines espèces ne disparaissent de la surface de la terre, les Etats ayant légalisé cette pratique établissent des quotas en fonction de la rareté de l'animal. Lors de ces coûteux safaris, les riches Occidentaux peuvent abattre les animaux du Big five, le Graal des chasseurs (lion, rhinocéros, le buffle, le léopard et l'hippopotame). Généralement, les animaux choisis sont âgés et/ou ne peuvent plus se reproduire.

Une pratique très contestée, entre morale et nécessité

En juillet 2015, un dentiste américain originaire du Minnesota avait mondialement défrayé la chronique en abattant Cecil, le lion "mascotte" du parc national Hwange, au Zimbabwe. Le chasseur, Walter Palmer, s'était délesté de 50.000 dollars pour avoir l'honneur et le privilège d'être celui qui allait blesser, traquer, tuer et décapiter le mâle dominant du parc. Ayant obtenu le permis nécessaire à son loisir, il n'a pas été inquiété par la justice (bien que le propriétaire de la réserve ne disposait pas des autorisations nécessaires). Il a indiqué ignorer que l'animal était protégé et équipé d'un collier émetteur par des chercheurs de l'université d'Oxford. Ce fait-divers a mis en lumière la chasse sportive et ses dérives et a mis en émoi les internautes, qui se sont massivement mobilisés pour que justice soit rendu à l'animal.

Le débat fait rage entre les partisans de la chasse et ceux qui y sont opposés. Dans les deux cas, les arguments se valent. Dans le premier cas, des rapports ont prouvé que la chasse sportive payée à prix d'or contribuait à venir en aide à la faune sauvage. Les fonds levés par les chasses au Zimbabwé auraient permis de mettre sur pied 150 sentinelles chargées d'empêcher le braconnage, d'après Libération. Pourtant, dans ce même État, la chasse rapporte 16 millions de dollars par an - une partie infime des revenus issus du tourisme - et seulement 3% de ses fonds bénéficient aux populations locales, l'écrasante majorité allant à des firmes privées et des organismes gouvernementaux.  La question se pose de la bonne répartition de ces richesses entre les différents acteurs de terrain. La légitimité des chasses sportives dont sont victimes les bêtes sauvages et protégées est compliquée à évaluer et le débat attise les passions, entre pro et anti. Sans pour autant être illégale, la chasse aux trophées pose question sur les limites en matière de protection de l'environnement et l'appât du gain des États qui contrôlent cette pratique.

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