Grand débat: la CNDP déconseille de fixer des lignes rouges

La Commission nationale du débat public présidée par Chantal Jouanno assure qu'un débat trop cadré est "systématiquement un échec".
Dans sa lettre aux Français diffusée dimanche, Emmanuel Macron exclut pourtant de revenir sur les réformes votées sur la fiscalité sur le patrimoine. (Image d'illustration) REUTERS/Benoit Tessier

Le conseil arrive un peu trop tard. La Commission nationale du débat public (CNDP) déconseille de préciser avant le grand débat les "lignes rouges" que le gouvernement n'entend pas franchir lors de cette consultation, dans son rapport de fin de mission diffusé lundi. Un bilan qui arrive au lendemain de la lettre aux Français envoyée par Emmanuel Macron, qui trace -justement- quelques lignes rouges, notamment en ce qui concerne la suppression de l'impôt sur la fortune (ISF), dont le rétablissement fait pourtant partie des demandes les plus fréquentes apparues dans les cahiers de doléances ouverts dans les mairies. Autre point non négociable pour le chef de l'Etat, la remise en cause du droit d'asile.

"Nous déconseillons fortement de préciser publiquement avant le débat les 'lignes rouges', c'est-à-dire les propositions que le gouvernement refusera quoi qu'il advienne de prendre en compte, et plus encore les sujets dont il ne veut pas débattre", écrit la CNDP. La commission avait été saisie mi-décembre par le Premier ministre pour préparer le débat.

Une position qui "videra les salles"

"L'expérience de la CNDP lui permet d'affirmer qu'afficher une telle position avant l'ouverture du Grand Débat National en videra les salles ou en radicalisera plus encore les oppositions", poursuit-elle. "Un débat qui ne permet pas d'aborder l'option zéro d'un projet, c'est-à-dire son abandon, est systématiquement un échec. Par contre, il ne vous sera jamais reproché de répondre négativement et de manière argumentée", souligne-t-elle.

La publication du rapport marque, selon sa présidente Chantal Jouanno, la fin de mission de la CNDP. "Dès lors que le gouvernement a décidé de reprendre le pilotage du Grand débat national, la CNDP qui est une autorité neutre et indépendante n'y a plus sa place", écrit-elle dans un tweet.

Chantal Jouanno s'est retirée début janvier de l'organisation du grand débat, en raison d'une polémique sur son salaire, de 14 666 euros bruts par mois. Certains membres du gouvernement l'avaient alors invitée à démissionner.