Feu vert des experts pour le cannabis thérapeutique

Les indications listées par les experts comprennent des cas précis. Ils doivent établir une stratégie de mise à disposition.
Fleurs de cannabis, le 17 octobre 2018 afp.com/Don MacKinnon

Le comité d'experts mis en place par l'Agence française de sécurité du médicament (ANSM) juge "pertinent d'autoriser l'usage du cannabis à visée thérapeutique" pour certains patients et dans des cas précis, dans un avis publié jeudi par l'ANSM.

Les indications listées par les experts comprennent "les douleurs réfractaires aux thérapies accessibles", "certaines formes d'épilepsies", "des soins de support en oncologie" (cancers), des "situations palliatives" et les contractions musculaires affectant les malades de sclérose en plaques.

"Pas d'obstacle'"

Il s'agit du premier avis à disposition du gouvernement sur la pertinence de l'accès au cannabis thérapeutique en France. Le comité scientifique de 13 personnalités "neutres" a été nommée par l'ANSM pour "leur compétence en terme de santé".

Le comité poursuivra ses travaux pendant six mois pour élaborer une stratégie de mise à disposition. "Qui prescrit ? Comment se le procurer ? Qui va payer ? Y aura-t-il remboursement ?", énumère à l'AFP Nicolas Authier, président de ce comité.

Mercredi matin, une table ronde était organisée à l'Assemblée nationale par des parlementaires, notamment de la Creuse, qui ambitionne de devenir un département pilote pour la production de cannabis thérapeutique. Le professeur de droit Yann Bisiou a estimé qu'il n'y avait "pas d'obstacle à une adaptation du droit", préconisant un "monopole d'Etat" permettant de contrôler la filière, de la production à la distribution. "Il faut éviter l'erreur de la prohibition qui impose une réponse unique" pour trois usages différents: récréatif, médical et bien-être, a-t-il dit.

"Cela peut aller très vite"

Pour le député Olivier Véran, rapporteur général de la Commission des affaires sociales, "cela peut aller très vite". Nul besoin de loi, souligne-t-il, "il suffit de changer une ligne à un décret".

Olivier Véran, qui est aussi neurologue se dit "à fond pour" la légalisation et rapporte le cas d'un de ses patients atteint d'algie vasculaire de la face dont les douleurs ont été soulagées par le cannabis. "J'avais tout essayé, masque à oxygène, triptans injectables, Tramadol, codéine, antiépileptiques... c'était un cas d'échec thérapeutique de base!". "Cela pose question", souligne-t-il. Selon lui, "une dizaine de patients" touchés par des algies de la face ou atteints de sclérose en plaque ont été soulagés par le cannabis.

Quelque 100 000 personnes souffrent de sclérose en plaque en France, mais ceux qui recourent au cannabis doivent aujourd'hui mener un "parcours du combattant" pour se le procurer, pour la plupart en Suisse, a noté le docteur Pascal Douek, membre de la Fondation Arsep pour la recherche sur la sclérose en plaque.

Entre 300 000 et un million de patients pourraient selon les estimations bénéficier d'une légalisation du cannabis thérapeutique en France.